Le « Poppy Foulard » : La mode à la musulmane

Mona

Par Jason Mathurin

Le voile, n’est aujourd’hui plus, contrairement à l’imaginaire occidental, synonyme de soumission et d’archaïsme, bien au contraire. Nombreuses sont les femmes qui assument et revendiquent pleinement leur appartenance à l’Islam tout en suivant les dernières vogues. Mais le commerce du hijab et de la abaya, le foulard et le voile, tendent-ils réellement à briser les clichés sur les femmes musulmanes ?

Alors que les grandes marques de luxe, telles que Dolce & Gabbana (D&G) s’en emparent, le foulard islamique se décline désormais sous de multiples formes et s’offre un renouveau esthétique.

Jupes longues et chatoyantes, talons hauts et foulard tape-à-l’œil ; la mode hipster semble avoir conquis bon nombre de modeuses musulmanes. Ces dernières n’hésitent plus à arborer fièrement leurs Poppy Hijabs, ces voiles criards, aux motifs et coloris pop et originaux, déclinés à l’infini et associés à leurs pièces et accessoires fétiches. Mi-musulmanes, mi-hipsters, les Mipsterz anglo-saxones sont bien la preuve que mode et religion peuvent faire bon ménage.

NOUVELLE NICHE DE MARCHÉ POUR LES GÉANTS DU LUXE

Loin de l’austère carré de tissu noir et uni traditionnel, le voile est une pièce phare de la mode chez les hijabistas (néologisme né du terme hijab, qui désigne le foulard islamique) musulmanes qui revendiquent fièrement leur foi et leur attrait pour la mode. Le marché de la mode musulmane représenterait aujourd’hui pas moins d’un demi- milliard de dollars, selon Le Figaro Madame. Une nouvelle niche pour les marques de luxe qui développent aujourd’hui de nouvelles collections à la musulmane, ou bien encore des grandes marques de prêt-à-porter, telles que H&M et Uniqlo, qui mettent en valeur des femmes voilées pour leurs campagnes.

Avec des régions cibles telles que les Émirats Arabes Unis, les grandes marques du luxe pourraient élargir leur clientèle et toucher une plus large partie de la population mondiale. En effet, la part de marché du Moyen-Orient représenterait 10 % du marché mondial du luxe, selon Les Échos. Et 42 % de la population s’offrirait des vêtements de luxe tous les un ou deux mois, selon la même source.

LA MODE MUSULMANE : UNE ARNAQUE COMMERCIALE ?

La nouvelle collection du duo D&G a suscité de vives réactions sur la toile. L’écrivain Majid Oukacha dénonçait le mois dernier dans un tweet une volonté de « démontre[r] la réalité de l’islamisation du Monde Occidental ».

Or, dans des pays à majorité musulmane tels que le Sénégal, on dénote a contrario, une tendance inverse. Les Sénégalaises semblent refuser de se soumettre aux tendances mondiales et occidentales et se décident à créer leurs propres collections. « Des créations qui peuvent être ouvertes et intelligentes sans nécessairement montrer le corps de la femme », selon l’organisatrice de conférence sénégalaise Gnagna Lam, pour Al Jazeera English. C’est aussi le cas de la styliste Touty Sy qui après une expérience auprès de Karl Lagerfeld à Paris, a lancé sa propre marque, à Dakar, s’adaptant à la demande florissante.

Si le phénomène Mipsterz fait parler de lui, que ce soit au Royaume-Uni, aux États-Unis, ou même dans les pays africains, les collections que sont celles de D&G sont surtout destinées à une niche précise : le luxe oriental. En France, le phénomène Mipsterz n’a pas la même proportion, freiné par les polémiques autour du voile (cf. port du Burkini). Mais il y a une vraie tendance à la revendication du voile islamique chez celles qui pourraient être nos Mipsterz françaises.