Les start-up d’Arabes israéliens

Swidan et Sabbah

en pleine ascension à Nazareth

 

CARNET DE VOYAGE

Nazareth

 

Par

Elise Saint-Jullian et Maxime François

 

E_St Jullian M_FrançoisPetit miracle pour le high-tech. Les entreprises d’Arabes israéliens se développent depuis Nazareth, le nouvel eldorado des investisseurs.

 

Premier incubateur dédié aux start-up arabes israéliennes, le Naztech (Nazareth Business Incubator Center) a été lancé en février 2013, financé par la municipalité de Nazareth, l’autorité pour le développement économique des minorités et le ministère de l’Economie. « Les Arabes sont sous représentés dans les domaines de la finance et du high-tech, nous avons la volonté d’inverser la vapeur, cela doit changer ! », prévient Fadi Swidan, directeur de l’incubateur.  « La communauté arabo-musulmane a un accès très restreint aux nouvelles technologies comparé aux Juifs israéliens. Notre travail consiste à accompagner les projets des créateurs de start-up issus de la population arabe israélienne », explique le directeur. « Les Arabes israéliens ont des idées, mais comment les encadrer puis les développer pour les commercialiser dans ce domaine ultra-concurrentiel? Notre mission est de répondre à ces interrogations », souligne Fadi Swidan.

F_Swidan

Une discrimination sur le marché du travail

Non soumis au service militaire, les Arabes israéliens représentant un quart de la population, peinent à intégrer la « nation start-up » (le nom donné au secteur des high-tech en Israël). Même diplômés des meilleures universités scientifiques israéliennes, la route est longue car les postes sont essentiellement occupés par les anciens militaires des unités technologiques de Tsahal (l’armée israélienne). Une réalité à laquelle a dû faire face Jafar Sabbah, ancien élève en informatique au Technion d’Haïfa, la meilleure université scientifique d’Israël. Avec l’appui du Naztech, il a pu développer « Beam Riders », une plate-forme d’apprentissage informatique, destinée aux 6-12 ans, dont le but est de développer la créativité des enfants. Elle propose des contenus éducatifs disponibles en anglais, arabe et espagnol. Une façon d’apprendre par le jeu qui intéresse plusieurs écoles d’Haïfa. L’application a été téléchargée plus de 50 000 fois.

Des jeunes pousses formées à l’entrepreneuriat

L’encadrement par des professionnels des jeunes entrepreneurs est la force de frappe principale du Naztech : «  Nous avons un programme intensif de six mois. Nous y enseignons la vente, le marketing, l’adaptation d’un projet commercial au marché économique mais aussi la création d’un plan de financement. Les créateurs apprennent à défendre leur produit devant un auditoire », énumère avec fierté Fadi Swidan. Bien que les entreprises ne soient pas financées par le Naztech, des rencontres sont organisées avec des entrepreneurs et des investisseurs, de plus en plus attentifs à ce nouveau vivier, dont une bonne partie est formée dans les universités scientifiques israéliennes à la pointe des innovations technologies. Un pari sur l’avenir qui commence à porter ses fruits puisque les partenariats et échanges se développent à vitesse grand V avec Tel-Aviv, le pôle israélien des nouvelles technologies.

Tareq Abed Algany, jeune créateur passionné de cuisine explique avec un enthousiasme débordant comment il a créé un réseau social culinaire, surfant sur l’attrait croissant du public pour la cuisine. « Au-delà du simple partage de recettes, Cooknet a une dimension écologique puisqu’il permet, via le biais d’ONG qui récupèrent des aliments chez les particuliers, d’éviter le gaspillage alimentaire », explique celui qui espère pouvoir vendre son réseau social à une grosse entreprise.

Tareq Abed Algany

Tareq Abed Algany, projet Cooknet

La naissance d’un écosystème prometteur

Plusieurs dizaines de jeunes pousses ont ainsi été épaulées par l’organisation basée à Nazareth depuis deux ans. La naissance d’un écosystème nouveau, grâce à l’incubateur et au travail de ces Arabes israéliens à la pointe du high-tech, changera le rapport de la communauté arabo-israélienne aux nouvelles technologies. La croissance constante d’utilisateurs d’internet dans la région ouvrira une fenêtre de tir plus grande à de nouvelles coopérations avec des investisseurs israéliens et pourquoi pas avec d’autres pays arabes. Une petite révolution est en marche à Nazareth, où 70 % de la population est arabo-musulmane.

Photos Bernadette Pasquier – Maxime François