Le long format fait sa rentrée sur le web

Par Celia Coudret –

Ils sont jeunes, créatifs et croient en un journalisme de la « vraie vie » par le média web, média du futur déjà présent. « Le long format fait sa rentrée », c’est le nom de l’événement-rencontre entre plusieurs nouveaux médias, lancés cet été 2014 : Le Quatre Heures, Ijsberg et Ulyces. Une rencontre initiée par Street Press qui a également lancé une nouvelle formule. Le rendez-vous est donné au Numa, plate-forme d’innovations en plein cœur de Paris.

Pour les grands reportages, il y avait déjà les mooks (mi-livres, mi-magazines) Long Cours, la Revue XXI et Feuilleton. Mais une nouvelle génération de journalistes ne compte pas laisser le monopole du long format au papier. Les nouvelles technologies numériques permettent de nouveaux formats d’écriture. Le web, allié au graphisme et au multimédia, peut être mis au service d’une information plus lente et approfondie. Une réponse possible, au recul des longues enquêtes dans les médias traditionnels.
La conférence bat son plein. On se remet dans le bain, et on tend l’oreille à de nouveaux projets, sources d’inspiration.

 

Le quatre heures

Le quatre heures

Le Quatre Heures

L’ambition du Quatre Heures ? Réconcilier web et grand reportage.

« Nous voulons prendre le temps. On fait une pause dans la frénésie du web » explique Estelle Faure, à l’origine du projet. Le média devenu professionnel a lancé sa première saison, avec un sujet sur les combats de coq dans le nord de la France . Leur ligne : « une information qui prend le temps, se déclinant sous forme de reportages grand format, multimédia et sans clic (pub ou lien hypertexte) ». Le lecteur entre dans une histoire, pas seulement un article. Sous forme d’immersion, le sujet est amené par un personnage, un lieu et des anecdotes.
Un mercredi par mois, un reportage long est publié à l’heure du goûter.
Lancé par un groupe d’étudiants en journalisme, il mise sur la formule abonnement (2€ par mois ou 19.80€ par an), et exclut de recourir à la publicité.

Ijsberg

Ijsberg

Ijsberg

Le constat à la base de sa création ?
« Nous sommes surinformés, mais tant d’histoires nous échappent.. ». Lancé par des jeunes lyonnais, le nouveau magazine d’info en ligne centré sur l’International, parie lui aussi sur le « journalisme narratif ». Pour Ijsberg, 3 temps d’information coexistent : « promptement » pour l’info courte, « calmement » pour l’analyse et « lentement » pour le long-format.  Journalisme d’enquête, graphisme et développement web… la polyvalence de l’équipe assure autant le fond que la forme.  » Notre terrain de jeu, ce sont les écrans. On a un côté un peu geek… » (Florent Tamet).

Ulyces

Ulyces

Ulyces

Pour Julien Cadot, Ulyces est « une maison d’édition numérique, pour raconter des histoires autrement ». Le point commun avec Ijsberg : les auteurs évaluent le temps nécessaire à la lecture des articles. Les histoires sont le squelette et le texte est mis en avant sans vidéo ou audio, pour le confort de la lecture. Leurs influences ? Amazon Singles, Beaconreader, le New yorker, et l’App store pour la manière d’accéder au contenu. Les articles peuvent être achetés à l’unité, pour des prix allant de 0,89 à 2,49€. Les lecteurs peuvent également s’abonner pour 5,49€ par mois.

StreetPress

Streetpress, et sa nouvelle formule

Né en 2009, le pure-player inaugure une nouvelle version misant sur le format long. « Ce n’est pas pour se faire plaisir… le long, c’est le temps de l’enquête » rappelle Johan Weisz de Street Press. Il s’agit donc de prendre le temps de la lecture, mais aussi du reportage de terrain.  Chaque lundi, une enquête fait la Une du site. Une nouvelle formule qui démarre avec une immersion au cœur de la Ligue de défense juive, où le journaliste Johan Weisz a passé 6 mois.
Un des autres moyens qu’utilise Street Press pour financer le média: la vente d’un savoir-faire, celui de la production de contenus éditoriaux « Faire du journalisme web, ça nécessite une logique de Start up avec plein de métiers les uns à côté des autres » . Le journalisme évolue, et une maîtrise de nouvelles compétences techniques devient essentielle… Et ça tombe bien, le multimédia, le webdoc et le datajournalisme sont au programme du master.
Pour réécouter la table ronde, c’est par ici : RFI – Atelier des médias

Une rencontre organisée en partenariat avec La Numa, Le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil), Satellinet et L’Atelier des médias / RFI.

Célia Coudret