Le sel de la terre

Le Sel de la Terre - Photo du film

une déclaration d’amour aux hommes et à la nature

Un article de Victoria Laurent

«Un photographe est quelqu’un qui écrit avec la lumière.» C’est l’histoire de Sebastião Salgado, d’une destinée presque commune au départ. Issue d’une famille de sept sœurs, il passe son enfance dans la ferme d’élevage familiale de l’Etat de Minas Gerais au Brésil. Son enfance est bercée par sa communion avec la nature.

Militant gauchiste au milieu des années soixante, la dictature brésilienne le contraint à quitter son pays. Direction la France. C’est là que naîtra son fils Ricardo. Avec sa femme Lelia (rencontrée au Brésil), ils mettront leurs derniers deniers pour acheter son premier appareil photo. Diplômé d’économie, Sebastião abandonnera tout pour se consacrer à la photographie. Car « le photographe dessine le monde avec la lumière et les ombres. »

La sécheresse au Niger en 1973, les populations d’Amérique du Sud, l’exode des populations yougoslaves, la vente de cercueils au milieu de bananes et de chaussures dans un village du Nordeste… Sebastião saisit des instantanés de vies d’hommes tourmentés « qui offrent leurs portraits ». Il montre la barbarie de la nature humaine avec une véracité et une férocité saisissante. Là où la vie côtoie la mort.

Le Sel de la Terre 1

Il dépeindra dans un livre intitulé : La main de l’homme, la famine au Sahel entre 1984 et 1986, le travail des enfants, puis le génocide rwandais. Avec une violence comme seule peut l’être parfois la violence humaine, le photographe fait face à l’horreur, à la cruauté, aux abominations.

Des corps déchiquetés, dégarnis, amaigris, rachitiques, qui s’entassent comme pour témoigner de la brutalité des assauts… Sebastião Salgado est marqué au fer rouge par ces atrocités qui résonnent au plus profond de son âme. Les images tournent en boucle dans la tête du photographe. « Après cela, mon âme était malade […] après des années de travail dans des camps de réfugiés, j’avais tant croisé la mort que je me sentais moi-même mourir

La salvation : un hommage à la beauté terrestre

Comme une ode à la terre, Salgado décide de sauver son âme. La salvation, passe par l’aide de Lelia. A deux, ils se lancent dans un vaste projet de mise en lumière de la beauté de planète : « un hommage à la Terre ».  Des loups de mer dans l’arctique, des ours polaire, des gorilles… L’homme déçu par la nature humaine se tourne vers les animaux comme si eux pouvaient le sauver.

Le Sel de la Terre

 

Le retour à la terre se pose alors comme une évidence. Sebastião Salgado est fatigué par ce qu’il a vu au début des années 1990. Il rentre alors dans la ferme familiale. Ses terres n’ont plus rien de leur fécondité d’antan. La sécheresse a anéantie la forêt de son enfance. Il créé alors avec sa femme la fondation Instituto Terra et ils replantent ensemble 2,5 millions d’arbres sur les terres familiales ravagées. Ce projet est conduit à son terme et est un véritable succès puisque la forêt a été replantée et est devenue aujourd’hui un parc national. Une véritable renaissance, un renouveau de l’âme.

Les yeux dans les yeux

 

Le Sel de la Terre - Photo du film

Devant la caméra de Wim Wenders et du jeune Juliano Ribeiro Salgado (son fils), Sebastião Salgado est dépeint comme un héros de fiction. Il nous parle les yeux dans les yeux. Wim Wenders est cinéaste. Sebastião Salgado, il le connaît. « Comment aurai-je pu me douter que je découvrirai bien plus qu’un photographe. […] je savais déjà une chose de ce Sebastião Salgado, il aimait les êtres humains. » Une photo d’une femme aveugle prise par le photographe, trône au-dessus de son bureau. Juliano Salgado a apporté des kilomètres de films qu’il a tournés en accompagnant Sebastião autour du monde. Wenders, lui-même photographe, s’est plongé dans les archives photographiques de Salgado et l’a interviewé. Dans un entretien pour le Figaro, le fils explique les raisons de ce documentaire : « Ses voyages magnifiques nous privaient de lui, et j’en ai éprouvé un sentiment de frustration. Depuis que je suis tout petit, je l’ai vu revenir en racontant des histoires du monde. Et j’avais l’intuition qu’il avait quelque chose de très fort à transmettre.»

Le film a reçu le prix spécial du Certain regard et une mention spéciale du jury Œcuménique lors du dernier Festival de Cannes. On peut néanmoins déplorer que les deux parties du film soient proposées sous deux angles différents, presque opposés. Un côté noir et un côté blanc. Au fond, comme les photos de Sebastião Salgado.

Le Sel de la Terre entre dans les deux grandes préoccupations de l’humanité d’aujourd’hui : la paix et l’environnement. Le photographe nous rappelle à nos responsabilités, en promenant son regard acéré sur la face la plus sombre du globe, comme s’il cherchait à prendre le pouls de l’écorce de la Terre.

 

Victoria Laurent

 

Ses voyages, ses ouvrages
1981-1983 la mortalité infantile au Brésil
1984-1986 Le Sahel
1986-1990 La main de l’homme
1993-1999 Exode
2004-2013 Genesis

LA BANDE ANNONCE :