Sénat : rendez-vous en terre inconnue

Par Florian Guadalupe avec Quentin Battais

Les élections sénatoriales ont eu lieu dimanche 28 septembre 2014 avec le renouvellement de la moitié des circonscriptions. Ces échéances électorales se sont déroulées dans un contexte politique marqué par un couple exécutif au plus bas dans les sondages, une opposition divisée et une envolée du vote Front national lors des derniers scrutins. Dans cette atmosphère politique tendue, nous avons assisté au palais du Luxembourg aux résultats de ce suffrage et aux premières réactions des hommes politiques.

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Après avoir été badgés « bloggeur » et être passés sous le portail de sécurité, nous découvrons l’entrée de la chambre haute du Parlement français. Les cameramen sont installés en haut des escaliers pour capter les premières images de l’arrivée des protagonistes. Une fois dedans, nous pénétrons dans l’immense salle de conférence. Un lieu est réservé à l’affichage des résultats sur de longues colonnes, un espace est dédié aux plateaux de télévision et de grands écrans sont disposés au centre, diffusant les chaînes d’infos continu et un fil AFP. Une belle table est réservée aux blogueurs. Mais pour nous, hors de question de passer la soirée derrière un ordinateur. Les derniers résultats tombés à 18 heures, le sénat passe à droite, deux élus FN gagnent leur siège pour la première fois de l’histoire et la gauche socialiste sauve les meubles. Maintenant, on attend plus qu’eux, les pensionnaires du sénat.

La récréation des sénateurs

Le défilé des stars démarre. On est loin des vedettes du festival de Cannes. Toutefois, dans notre excitation de jeunes étudiants journalistes étourdis par l’évènement, nous nous sommes rués derrière chaque politique. Armés de notre smartphone, les photos n’en finissent pas et chaque parole est distillée et directement tweetée. Tous les journalistes se battent pour avoir le meilleur son, la meilleure image et poser leurs questions. Tandis que les politiques jouent au jeu des questions-réponses et récitent parfaitement leur discours préparé. Alors que pour Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, « le résultat socialiste n’est pas une bérézina », Chantal Jouanno, sénatrice UDI de Paris, répond que c’est surtout « le résultat de la mécanique des précédentes élections. » Jean-Claude Gaudin, est content de pouvoir « mettre un coup d’arrêt au gouvernement » alors que Jean-Marie Le Guen, Secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement, nuance les propos du maire marseillais. « Les résultats ne sont pas à la hauteur de l’UMP », avance-t-il avant de lancer une seconde pique, « les candidats du FN ont bénéficié des voix de la droite. » Le ton est donné entre eux.

Des paroles et des plats

Mais cette dualité verbale ne dure qu’un temps. Une fois l’exercice terminé, ils se rendent tous soit au buffet, soit à la salle privée des sénateurs. Entre deux bises avec les journalistes, les politiciens profitent de ce moment pour échanger leur actualité, qu’ils soient du même parti ou non. Loin des caméras et des micros, l’ambiance est plus sereine. On rigole autour d’une coupe de champagne et on demande des nouvelles des familles. Pour des journalistes comme Jean-Pierre Elkabbach ou Nicolas Domenach, c’est l’instant « off ». Les ténors du journalisme récupèrent quelques infos sans forcer les politiques à parler. Et quand Jean-Vincent Placé, sénateur EELV, et David Assouline, élu socialiste, papotent en mangeant leurs petits fours, c’est pour critiquer certains collègues. « Les Verts m’ennuient avec leur congrès » balance le sénateur de l’Essonne. L’ambiance est festive près des petits plats, mais l’ambiance de salle de presse a baissé d’intensité. Les journalistes ont leur matière pour préparer leurs sujets et retournent dans leur rédaction. Et au final, malgré toute la machine médiatique mise en place, le Sénat n’a pas eu de retentissement et reste toujours éloigné de l’intérêt des français.