supermarché

L’écriture hypermarché

par | Annie Ernaux | 0 commentaires

Par Christophe-Cécil Garnier

 Par son écriture neutre et son style objectif, Annie Ernaux s’est souvent impliquée dans des sujets triviaux, donnant à l’écrivain un nouveau genre.

«Si l’écrivain représentait jadis son aristocratie de statut, aujourd’hui l’implication de ce dernier participerait d’avantage à une démocratie de terrain dont les banlieues et les hypermarchés pourraient être à la fois le lieu-type et l’espace emblématique».

Pour ses premières paroles au colloque consacré à Annie ErnauxBruno Blanckeman commence fort. L’universitaire de Paris 3-Sorbonne Nouvelle fend à la vitesse des mots sa présentation et attaque le point central de son récit : l’implication d’Annie Ernaux et ses témoignages «de l’ordinaire».
Car quoi de plus ordinaire qu’un centre commercial ? Et pourtant quoi de plus central selon l’auteur, qui déclarait dans un texte que «les femmes et les hommes politiques, les journalistes, les experts… Tous ceux qui n’ont pas mis les pieds dans un hypermarché ne connaissent pas la réalité sociale de la France d’aujourd’hui». La cité nouvelle que représente la banlieue et les odieux rayons vers qui s’approvisionnent ses habitants constituerait donc un nouveau lieu pour appréhender la littérature et ses pratiques ? À lire Annie Ernaux, la réponse semble s’imposer. Car l’écrivain n’est ni le procureur, ni le juge mais l’usager, l’oeil «mi-sensible, mi-critique. Mi-réfracteur et réfractaire» pour l’universitaire.

Ainsi, face à une «littérature de supermarché», plate, Annie Ernaux en élabore une «d’hypermarché», architecturée comme un centre commercial. Cette singularité littéraire, «ce double marquage de l’auteur par le lieu et du lieu par l’auteur», Annie Ernaux la revendique pour ses livres et surtout pour elle. «Je ne vois pas Françoise Sagan faire ses courses dans un hypermarché. Georges Perec si, mais je me trompe peut-être», a-t-elle un jour écrit.

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