politique Archives | Master Journalisme - Gennevilliers https://www.master-journalisme-gennevilliers.fr/mot-clef/politique/ De la presse écrite au web Journalisme Wed, 30 Mar 2022 16:16:39 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.2 https://www.master-journalisme-gennevilliers.fr/wp-content/uploads/logo-CYU-1-1-150x150.png politique Archives | Master Journalisme - Gennevilliers https://www.master-journalisme-gennevilliers.fr/mot-clef/politique/ 32 32 REPORTAGE. A Meaux, Valérie Pécresse en terrain conquis pour sa campagne https://www.master-journalisme-gennevilliers.fr/reportage-a-meaux-valerie-pecresse-en-terrain-conquis-pour-sa-campagne/ https://www.master-journalisme-gennevilliers.fr/reportage-a-meaux-valerie-pecresse-en-terrain-conquis-pour-sa-campagne/#respond Fri, 25 Mar 2022 18:04:23 +0000 https://www.master-journalisme-gennevilliers.fr/?p=240428 La candidate des Républicains a donné un meeting de campagne axé sur la politique de la ville devant de nombreux élus du territoire présents à Meaux, le mercredi 16 mars. 18h15. Le Colisée se remplit au compte-gouttes. Chaque siège trouve preneur. Seul le dernier rang reste dégarni. Dans le vestibule de la salle, les livres […]

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La candidate des Républicains a donné un meeting de campagne axé sur la politique de la ville devant de nombreux élus du territoire présents à Meaux, le mercredi 16 mars.

18h15. Le Colisée se remplit au compte-gouttes. Chaque siège trouve preneur. Seul le dernier rang reste dégarni. Dans le vestibule de la salle, les livres de Valérie Pécresse sont soigneusement répartis sur une table en vue de la séance de dédicaces à la fin de la soirée. Par où sortira celle que tout le monde attend ? Deux portes jonchent le flanc de la salle. Les paris sont lancés, et les médias ajustent leurs matériels. Tout est prêt.

Installé au quatrième rang des gradins avec un peu d’avance, Célestin, 22 ans, est là pour entendre parler de ruralité: Il estime que “des candidats font beaucoup pour les grandes villes, mais très peu bougent pour la ruralité et les terres de campagne”. Ce conseiller municipal à Germigny-l’Evêque, petit village de mille cinq cents âmes, espère un renouveau: “Macron a fait trop de dégâts pendant cinq ans. Il faut quelqu’un qui ne fait plus cette politique du “en même temps” “, lance-t-il.

Roméo, habillé en blanc à droite, possède sa carte d’adhérent chez Les Républicains depuis deux ans.

Un peu plus loin au départ de la haie d’honneur, Roméo, même âge, est adhérent LR. “On dit souvent que notre génération est moins engagée, mais je ne pense pas que ce soit le cas”, explique le jeune homme vêtu d’un t-shirt blanc floqué au nom de sa candidate. ”Ce soir, j’attends un beau meeting, un beau discours, et un bon moment avec tous les jeunes qui sont là”, ajoute-t-il.

Il est presque 19h30 et Valérie Pécresse fait son entrée par la porte du fond, en vedette qui s’est longtemps faite désirer. Le sourire aux lèvres, elle se fraie un chemin sous les “Valérie, Valérie !” scandés par la foule. Dans le cortège, le maire de Meaux Jean-François Copé est au plus près d’elle. « Elle se démarque par son expérience, elle a été présidente de région, elle connaît les banlieues par cœur et a fait un boulot formidable ici », confiait-il une demi-heure plus tôt. Les drapeaux bleu-blanc-rouge virevoltent. Une musique électro enfièvre l’enceinte. Et l’héroïne de la soirée, veste de blazer noire sur les épaules, s’assoit face à la scène occupée par les maires qui la soutiennent, d’Aulnay-sous-Bois à Nemours, en passant par Champigny-sur-Marne.

49% des pourcentages des élus en Seine-et-Marne

Bienvenue Valérie, tu es chez toi à Meaux !” déclare le maire de la ville Jean-François Copé en ouverture du meeting. S’ensuit un jeu de chaises musicales entre les différents soutiens de Valérie Pécresse qui, tour à tour, répondent aux questions du public sur la rénovation urbaine. Aménagement des territoires, égalité des chances pour le système scolaire, lutte contre la ghettoïsation. Laurent Jeanne, maire de Champigny-sur-Marne se montre fier d’avoir fait tomber un bastion communiste, tandis que James Chéron, maire de Montereau, tacle le pouvoir en place: “Vous avez aujourd’hui à l’Élysée quelqu’un qui pense tout savoir depuis son bureau et qui n’a géré que les milliards des autres. La bonne méthode, c’est celle qui a conduit à la dernière grande loi de cohésion sociale en 2004 avec Jacques Chirac et Jean-Louis Borloo, affirme-t-il sous les applaudissements.

Soutenu par le regard complaisant de Valérie Pécresse, le directeur du Conseil départemental de Seine-et-Marne Jean-François Parigi rappelle qu’elle a obtenu 49% des pourcentages des élus dans le département. “Hélas, je veux vraiment que tu gagnes et je vais perdre une grande présidente de région”, dit-il ironiquement les yeux dans les yeux à celle qui préside la région Ile-de-France depuis 2015, et participe à sa première élection présidentielle.

« Refaire des quartiers de mixité sociale »

L’énergie des spectateurs, jusqu’ici latente, se réveille à la montée sur scène de Valérie Pécresse, aux alentours de 20h30. Son tour de parole arrive enfin. Jean-François Copé lui cède le micro pour trois quarts d’heure de discours. Célestin peut être rassuré: elle promet une “ruralité conquérante” où chaque euro versé dans la politique de la ville équivaut à un euro pour les territoires ruraux. Au sommaire également, la destruction des ghettos en dix ans pour “refaire des quartiers de mixité sociale”, ou encore la création d’une banque nationale des jeunes afin de financer les études.

Valérie Pécresse à l’écoute d’une spectatrice, à l’issue de son meeting.

“Je t’aime Valérie, tous au Kärcher les Gilets Jaunes !”. Un trouble-fête fait subitement une déclaration d’amour à sa candidate. Non déstabilisée par l’épiphénomène, cette dernière reprend de plus belle une poignée de secondes plus tard, soutenue par la clameur des sympathisants: “La culture et le spectacle vivant font partie de la tradition française !”, dit-elle. Boutade déjà valable un peu plus tôt dans la même journée, après que la candidate ait été aspergée de poudre rose par le collectif Akira lors de son discours à la Confédération des petites et moyennes entreprises.

Viennent enfin ses directives envers les militants: “N’écoutez aucun sondage, n’écoutez pas ceux qui vous disent que cette élection est terminée ! Je vous demande d’aller convaincre les indécis. Aucun obstacle ne me détournera du chemin de la reconstruction de la France”. La Marseillaise est reprise en chœur avant qu’une partie des spectateurs ne fonce vers les dédicaces. Fathia, quinquagénaire, interpelle la candidate à sa descente de la scène. En cause, son usage du terme “quartiers populaires”. Elle précise: “Il faut bannir le terme car ça stigmatise toutes les personnes qui y vivent”. Valérie Pécresse écoute, sans réagir davantage. Venue accompagner un militant, Fathia reconnait avoir apprécié la soirée, sans être sûre, pour autant, d’aller voter pour Les Républicains au premier tour, le 10 avril prochain.

Rayane Beyly

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Présidentielle 2022 : les instituts de sondage réclament une meilleure utilisation de leurs enquêtes https://www.master-journalisme-gennevilliers.fr/presidentielle-2022-les-instituts-de-sondage-reclament-une-meilleure-utilisation-de-leurs-enquetes/ https://www.master-journalisme-gennevilliers.fr/presidentielle-2022-les-instituts-de-sondage-reclament-une-meilleure-utilisation-de-leurs-enquetes/#respond Wed, 09 Mar 2022 12:57:41 +0000 https://www.master-journalisme-gennevilliers.fr/?p=239990 Photo du site de L’IFOP Chaque semaine, les médias commandent, analysent, et partagent des sondages qui indiquent les intentions de vote des électeurs. Si ces vingt dernières années, la publication des sondages s’est de plus en plus multipliée, leur utilisation n’en a pas été plus qualitative. Un constat que regrettent fortement les entreprises de sondage, […]

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Photo du site de L’IFOP

Chaque semaine, les médias commandent, analysent, et partagent des sondages qui indiquent les intentions de vote des électeurs. Si ces vingt dernières années, la publication des sondages s’est de plus en plus multipliée, leur utilisation n’en a pas été plus qualitative. Un constat que regrettent fortement les entreprises de sondage, dans une ère si médiatisée.

Ces pavés colorés précédés par le nom des candidats et suivis par des pourcentages, vous en avez déjà vu beaucoup ? Et si c’était sur le point de changer ? Dans toutes les rédactions, la pertinence des études d’opinion est régulièrement questionnée. Si certains médias peinent à avoir un avis tranché sur le sujet, d’autres se montrent catégoriques quant à leur utilisation. C’est notamment le cas du journal Ouest-France qui a décidé de ne plus publier de sondage politique lié à la campagne présidentielle de 2022. Un choix déjà adopté par Mediapart et que Le Monde pourrait bientôt suivre.

« Il y a un manque de maîtrise de cet outil »

Les sondages servent à mesurer le rapport de forces des intentions de vote. Ils ne sont pas là pour prédire le résultat des élections, mais bien pour présenter une tendance à un moment donné. S’ils sont utilisés par les journalistes et les équipes de campagnes des candidats, ils restent encore sous-exploités. Selon Paul Cébille, chargé d’études à l’IFOP, cet outil versatile a bien plus à proposer, « les gens se concentrent beaucoup sur les pourcentages au lieu de chercher à comprendre pourquoi tel candidat atteint tel chiffre ».

C’est un sentiment que partage aussi Guillaume Inigo, directeur d’études d’OpinionWay. Pour lui, l’absence de formation est à l’origine de cette mauvaise utilisation des sondages, « il y a une pédagogie autour du sondage qui est encore largement à faire en France. Notamment auprès de ceux qui les utilisent beaucoup, et les journalistes en font partie. » Les informations les plus intéressantes sont majoritairement délaissées au profit des pourcentages clinquants. La relativité des chiffres est peu mise en avant alors que chaque sondage est accompagné de sa marge d’erreur. L’usage décrié des enquêtes d’opinion inquiète les entreprises de sondage. Elles sont premières victimes de leur mauvaise utilisation. Une injustice que Guillaume Inigo a du mal à digérer, « il y a un manque de maîtrise de cet outil et au final ça dessert moins les journalistes que nous. C’est les sondages en eux-mêmes qui sont attaqués et assez peu la manière dont ils sont utilisés. »

Une utilité indispensable

Malgré une surutilisation qui tourne parfois à l’obsession, les sondages restent un instrument de premier choix pour mesurer l’évolution des tendances. Sarah Paillou, journaliste au Journal du Dimanche, nous confie l’importance des sondages au moment de commenter une élection primaire :

C’est un outil qui reste indispensable même s’il n’est pas parfait. Actuellement il y a l’élection du candidat Les Républicains et on a pas de sondage qui nous permet d’évaluer le rapport de force. On navigue complètement à vue. Sans sondage on perd une information qu’on pourrait donner au lecteur. On écrit quand même sur cette élection, mais avec un peu plus de flou et un peu plus de difficulté à raconter ce qui est en train de se passer.

Sarah Paillou

Formés sur la méthode des quotas (qui s’assure que l’échantillonnage de personnes interrogées est fidèle à la population française), les enquêtes permettent donc de représenter les pensées abstraites des potentiels votants. Elles sont d’une aide précieuse à la compréhension de l’échiquier politique.

Au fil des années, les instituts de sondage sont devenus des véritables acteurs politiques. Ils ont un poids non négligeable dans cette course à la présidence. Aujourd’hui conscients de ce rôle décisif, ils souhaitent rappeler au monde que leurs sondages ont bien plus d’un tour (électoral) à offrir.

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Difficultés d’accès à l’information politique pour les sourds et malentendants: quelles solutions ? https://www.master-journalisme-gennevilliers.fr/difficultes-dacces-a-linformation-politique-pour-les-sourds-et-malentendants-quelles-solutions/ https://www.master-journalisme-gennevilliers.fr/difficultes-dacces-a-linformation-politique-pour-les-sourds-et-malentendants-quelles-solutions/#respond Fri, 25 Feb 2022 16:36:29 +0000 https://www.master-journalisme-gennevilliers.fr/?p=240099 69% des personnes sourdes et malentendantes estiment que les sous-titres sont de qualité insuffisante pour suivre les débats politiques, selon une étude inédite. Face à ce chiffre inquiétant, un média comme Média’Pi!, spécialement conçu pour ce public, représente une alternative indispensable.

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69% des personnes sourdes et malentendantes estiment que les sous-titres sont de qualité insuffisante pour suivre les débats politiques, selon une étude inédite de l’Ifop. Face à ce chiffre inquiétant, un média comme Média’Pi!, spécialement conçu pour ce public, représente une alternative indispensable.

Alors que la Journée internationale des personnes handicapées était célébrée ce 3 décembre, un rapport inédit de l’Ifop pour Media’Pi! et la Fondation Jean Jaurès montre l’exclusion fréquente des personnes sourdes ou malentendantes face aux médias, un enjeu d’autant plus crucial en période d’élection présidentielle. 

Discussions croisées et débats inintelligibles

Devant leurs écrans de télévision ou d’ordinateur, les personnes sourdes et malentendantes font face à des difficultés lorsqu’ils s’intéressent aux émissions politiques. 69% d’entre eux estiment que les sous-titres sont de qualité insuffisante pour suivre les débats. « Les débats politiques sont complexes à rendre intelligibles pour la communauté sourde et malentendante tant les discussions peuvent être croisées”, explique France Télévisions à la Fondation Jean Jaurès. Le groupe audiovisuel ajoute qu’il « faudrait une capacité à mettre plusieurs écrans et médaillons à l’écran avec des traducteurs en langue des signes ainsi que des sous-titres plus rapidement décryptés à l’antenne”. L’idéal serait ainsi d’attribuer un interprète à chaque intervenant. Un idéal difficile à mettre en place en réalité. Les médias travaillent sur ces questions, “mais c’est aussi une question de moyens mis sur le sujet, rappelle France Télévisions.

Des efforts du côté des médias traditionnels ?

La difficulté principale est financière, selon Noémie Churlet, fondatrice de Média’Pi!, un média conçu pour les sourds et malentendants. “Les chaînes ne sont pas du tout prêtes à adapter tous leurs contenus, ou ne pensent pas à l’intégrer dans leur budget”, déplore-t-elle. La fondatrice de Média!Pi! regrette aussi “l’absence de référent qui connaît bien le monde des sourds” au sein des médias traditionnels. “Ce référent pourrait contacter les uns et les autres pour répondre au mieux à leurs besoins, mais ça n’existe pas, ou pas assez”, constate-t-elle.

A côté de ces déceptions, elle note des progrès depuis une dizaine d’années: “On est encore loin de l’objectif à atteindre mais j’essaie de faire confiance aux chaînes pour une meilleure adaptation”. Selon une étude du CSA de 2020, sept chaînes sur onze montrent une évolution à la hausse de leur volume horaire de programmes sous-titrés.

Une solution concrète: l’exemple de Média’Pi!

A côté des efforts progressifs des chaînes de télévision, un média adapté aux sourds et malentendants apparaît comme une solution concrète pour lutter contre ce manque d’accès à l’information: Média’Pi!. Créé en 2018, ce média en ligne bilingue propose des articles en français et en langue des signes. Toute l’équipe de journalistes est sourde ou connaît la langue des signes. Il propose des articles, photos-reportages, BD et reportages sur l’actualité nationale et internationale et la communauté sourde en LSF et en français. Pour seulement 9.90€ par mois, les lecteurs trouvent un contenu de qualité et adapté à leur handicap.

Une colère face à un manque d’information adaptée

C’est sa propre expérience en tant que sourde, mais surtout sa volonté de faire changer les choses, qui a poussé Noémie Churlet à fonder ce média il y a quatre ans. “Moi même je n’ai pas vraiment eu d’éducation politique grâce à la télévision. J’étais souvent en décalage, je n’arrivais pas à suivre les débats”, explique-t-elle. Un décalage qui devient insupportable : “en 2015, il y a eu les attentats en France et j’ai vu à la télévision qu’il n’y avait pas d’interprétation, ou des sous titres de mauvaise qualité qui ne permettaient pas de comprendre ce qui était en train de se passer.”, se souvient-elle. “Le fait d’être complètement décalée face à ces informations m’a rendue très en colère”, ajoute-elle. En 2018, elle décide donc de fonder Média’Pi!. 

Noémie Churlet, sourde et fondatrice de Média’Pi!

Actualités générales et contenu personnalisé

Reportages, vidéos, enquêtes, interviews ou articles écrits, les formats proposés par Media’Pi! sont nombreux. Ce média bilingue offre un contenu d’information généraliste aux personnes qui ont de réelles difficultés à accéder à l’information sur les médias traditionnels. A côté de ces actualités généralistes indispensables, les abonnés accèdent aussi à des informations qui les concernent personnellement. Réformes politiques, manifestations culturelles, sports, nouvelles formes d’éducation…Média’Pi! publie des contenus en lien avec l’actualité liée à la communauté sourde.

Entre les vidéos très visuelles ou les plus classiques articles écrits, Media’Pi! propose un contenu diversifié mais aussi adapté aux différents niveaux de compréhension de son public. Certains préfèrent s’informer devant un article écrit  en français plutôt qu’une vidéo traduite en langue des signes. Les abonnés peuvent choisir la langue employée sur le site, “un critère primordial”, selon sa fondatrice. Ce jeune média toujours en plein développement compte presque 5000 abonnés, un chiffre que Noémie Churlet espère voir augmenter d’ici quelques années. 

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“La crise ukrainienne masque le revers français au Mali” estime le politologue Bertrand Badie https://www.master-journalisme-gennevilliers.fr/la-crise-ukrainienne-masque-le-revers-francais-au-mali-estime-le-politologue-bertrand-badie/ https://www.master-journalisme-gennevilliers.fr/la-crise-ukrainienne-masque-le-revers-francais-au-mali-estime-le-politologue-bertrand-badie/#respond Fri, 25 Feb 2022 09:23:38 +0000 https://www.master-journalisme-gennevilliers.fr/?p=240253 Spécialiste des relations internationales, Bertrand Badie estime que “la crise ukrainienne masque le revers français au Mali”, dans un entretien le 22 février, à moins de deux mois de l’élection présidentielle française.* La France a longtemps encouragé la désescalade des tensions entre la Russie et l’Ukraine et défendu les accords de Minsk. Emmanuel Macron a-t-il […]

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Spécialiste des relations internationales, Bertrand Badie estime que “la crise ukrainienne masque le revers français au Mali”, dans un entretien le 22 février, à moins de deux mois de l’élection présidentielle française.*

La France a longtemps encouragé la désescalade des tensions entre la Russie et l’Ukraine et défendu les accords de Minsk. Emmanuel Macron a-t-il tenu un rôle de médiateur ?

Le pari d’Emmanuel Macron était de jouer un rôle pour tenter la négociation. Il ne s’agit pas de médiation car le terme suppose une équidistance. Or, la France n’est pas en position équidistante entre l’Ukraine et la Russie, ou entre les États-Unis et la Russie. Elle est clairement dans le camp occidental. Les bons offices sont indispensables dans les situations de crise donc il était pertinent de tenter la diplomatie. Son pari était double. Emmanuel Macron a considéré que si Vladimir Poutine faisait des concessions à un partenaire, ce serait davantage à lui qu’à Joe Biden. Le président russe est dans une situation d’affirmation de sa puissance. Il veut montrer qu’il est capable de résister aux pressions américaines. Engager une négociation avec un partenaire européen réputé plus faible était une façon de se renforcer vis-à-vis des États-Unis. Je pense qu’Emmanuel Macron misait là-dessus, et sur la fonction de présidence française de l’Union Européenne, même si elle a du mal à percer dans la conjoncture actuelle. Il n’est pas sûr que la présidence européenne veuille dire quelque chose dans la tête de Poutine qui a toujours marginalisé le fait institutionnel européen.

Cette crise peut-elle justement déstabiliser le statut de la France à la tête de la Présidence du Conseil Européen ? 

Il est extrêmement difficile de jauger les compétences propres d’un chef d’État lorsque son pays assure la présidence européenne. Cette référence, tonitruante au début du mois de janvier, s’est pratiquement effacée du discours politique et diplomatique français. L’idée d’une politique étrangère européenne unifiée est fragile. S’appuyer sur la réputation de leader des vingt-sept quand on sait qu’il y a pratiquement autant de politiques étrangères différentes dans l’Union Européenne ne donne pas beaucoup d’atouts. Vladimir Poutine considère que les sanctions européennes feraient aussi mal à l’Europe qu’à la Russie. Ce type d’analyse n’est pas absurde.

Quel peut être l’impact du conflit sur l’élection présidentielle française ?

Le scrutin est au mois d’avril alors on ne peut pas le savoir, et d’ici là, il peut se passer beaucoup d’événements en moins de deux mois. Il serait présomptueux de prévoir l’impact d’un phénomène dont on ne mesure pas encore l’état à venir dans six ou sept semaines.

Mais est-ce déjà un enjeu de campagne ?

Cette question n’a pas été au centre des déclarations des candidats jusqu’à aujourd’hui. Ce qui est assez surprenant, c’est que la plupart des candidats, de droite ou de gauche, mais surtout de droite, sont plutôt pro-russes et enclins à la bienveillance vis-à-vis de Moscou, comme les deux candidats d’extrême droite Éric Zemmour et Marine Le Pen. Valérie Pécresse, elle, a toujours tenu des propos très nuancés sur le sujet ukrainien, opposés à la solidarité occidentale. Ces propos sont un peu l’héritage de François Fillon que l’on sait ouvertement proche du Kremlin. Finalement, si l’on ajoute Jean-Luc Mélenchon, le camp opposé à la Russie s’amoindrit. Cela favorise Emmanuel Macron pour deux raisons : il est le président en exercice et en cas de tempête, on ne change pas de capitaine. De plus, son discours sur la question ukrainienne est de loin le plus élaboré et le plus documenté parmi tous les candidats. Si cette question vient dominer l’élection présidentielle, ça jouera en sa faveur.

Après les échecs français en Libye ou au Mali plus récemment, la crise ukrainienne est-elle déterminante pour le bilan diplomatique d’Emmanuel Macron ? 

D’un certain point de vue, la crise en Ukraine lui rend service. Le fait que la crise ukrainienne arrive maintenant masque le revers du retrait des troupes au Mali, car le cas du Sahel était véritablement une déconfiture. La crise malienne se trouve occultée par l’affaire ukrainienne. C’est un moyen de faire oublier un échec majeur de la diplomatie macronienne.

A-t-il intérêt à conserver le plus longtemps possible sa double casquette de “président-candidat” ? 

Est-ce que c’est une question d’intérêt ou d’opportunité ? Si les relations internationales venaient à se tendre dans les prochaines quarante-huit heures, l’annonce d’une candidature risquerait de perdre de son effet. Elle prêterait le flanc à la critique, car le président s’occuperait de questions électorales au moment où les choses vont mal. Toute déclaration de candidature, même sobre, implique un travail de préparation, une prise de parole, et quelques effets médiatiques. Tout ceci est bien difficile dans le contexte actuel. Personne ne comprendrait qu’une déclaration de candidature se fasse d’ici la fin de cette semaine.

* Propos recueillis par Rayane Beyly le 22 février 2022, avant l’invasion russe en Ukraine

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Aya Laurie Kouadio : Les enfants « microbes », portrait « d’une société malade » https://www.master-journalisme-gennevilliers.fr/interview-de-aya-laurie-kouadio-sur-les-enfants-microbes/ https://www.master-journalisme-gennevilliers.fr/interview-de-aya-laurie-kouadio-sur-les-enfants-microbes/#respond Wed, 12 May 2021 09:35:27 +0000 https://www.master-journalisme-gennevilliers.fr/?p=11914 En Côte d’Ivoire, le phénomène des « microbes », comme le surnomme la population ivoirienne, est le témoignage d’une « société malade ». Délinquance juvénile meurtrière à l’issue de la crise post électorale de 2011 en Côte d’Ivoire, ils persistent encore aujourd’hui dans les ruelles d’Abidjan, la capitale économique. Pour la chercheuse ivoirienne Aya Laurie Kouadio, le phénomène des « microbes » tire l’alarme d’une société obsolète en pleine mutation. Ils sont les produits d’un environnement à l’abandon.

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Pour la chercheuse ivoirienne Aya Laurie Kouadio, le phénomène des « microbes » tire l’alarme d’une société obsolète en pleine mutation.

Délinquance juvénile meurtrière à l’issue de la crise post électorale de 2011 en Côte d’Ivoire, les « microbes » persistent aujourd’hui encore dans les ruelles d’Abidjan, la capitale économique. Pour Aya Laurie Kouadio, chercheuse ivoirienne à Indigo (Initiative de Dialogue et Recherche Action pour la Paix en Côte d’Ivoire) et autrice du livre « Les Microbes, nouveau visage de la criminalité urbaine à Abidjan », les « microbes » sont semblables aux enfants soldats ; produits d’une période confuse, d’un entre-deux, « un temps de ni paix, ni guerre ». De la saleté, naissent des microbes et bactéries en tout genre, les relents d’un environnement à l’abandon. Des enfants en quête, souvent, d’un bonheur simple.

Quels sont les éléments déclencheurs de ces phénomènes de délinquance juvénile ? 

Aya Laurie Kouadio — Lorsque j’ai étudié les « microbes », j’ai analysé réellement le « microbe » comme des bactéries, révélatrices de l’état de santé de l’endroit où ils se trouvent. La géographie est un élément déclencheur de la trajectoire de ces enfants. Ils vivent dans des quartiers où l’on n’a pas envie de vivre. Ce sont des lieux sans aménagement de territoire. Pas d’eau, pas de courant, pas d’hôpitaux ni d’école publique. C’est dans ces quartiers là, que les microbes sévissent. Ils appartiennent à des familles où les parents n’ont pas de temps pour eux ; des maisons, où l’on est 5 ou 10 pour un T2. Alors, il faut être dehors. Dehors, on peut vendre de la drogue, être dans un groupe d’ami, pour voler, se battre, et gagner plus d’argent .

Il faut aussi comprendre que dans les bandes ivoiriennes, il y a les microbes, mais il y a aussi le « vieux père ». Il est le papa de cette bande, de ces enfants. Ils ont confiance en lui. Il devient un modèle de réussite, même si il est proxénète, même si il tue… C’est une figure paternelle. Si l’on ne comprend pas ça, on ne peut pas comprendre le phénomène des microbes. Les microbes cherchent à se réinventer, ils sont en quête de quelque chose qu’ils n’ont pas. Trouver une famille qui les aime et les comprend, qui prend soin d’eux. Le « vieux père » répond à ces besoins. C’est ça qu’un enfant veut. Ce lien si fort, entre le vieux père et les microbes, c’est une variable clé. Par la suite, plusieurs d’entre eux — parmi ceux qui ne sont pas morts —sont partis en Europe, pour « se chercher ». D’autres parviennent à faire des petits métiers, ou fondent une famille. C’est là que l’on voit que ce qu’ils recherchent, c’est juste une vie meilleure.

Ils se concentrent uniquement dans les périphéries ?

Oui, c’est plutôt en périphérie. Abidjan, c’est un peu comme à Paris, mais en pire. Tout se concentre à Abidjan. Il y a 12 communes, et dans ces 12 communes, il y a des « communes dortoirs ». Il y a vraiment une sorte de ségrégation — le mot est un peu fort, mais je l’utiliserai — entre ceux qui ont les moyens, avec des communes résidentielles, et les « communes dortoirs », pour ceux qui sont venus chercher une place au soleil, dans les villes urbaines.

La Côte d’Ivoire, comme beaucoup d’autre pays africains qui ont vécu des guerres civiles, a une grande ville économique — la seule souvent — réceptrice d’un afflux [conséquent] de personnes fuyant les zones rurales, particulièrement lors des crises comme celle de 2002. Ce sont des personnes qui abandonnent tout pour fuir. A l’arrivée, ils se logent dans des quartiers périphériques comme Abobo, au nord d’Abidjan, ou Yopougon, à l’ouest. Ces quartiers deviennent des communes dortoirs, très peuplées. De facto, ces communes-là, et les gens qui y vivent, sont marginalisés. Et dans cette sorte de reconstruction interne, il y a tout ces phénomènes déviants qui s’y opèrent. Rien n’a été prévu, les gens vivent au jour le jour. J’ai remarqué également une chose. Dans les quartiers marginalisés il y a des marginaux, mais il y aussi d’autres marginaux qui marginalisent les autres : dans la périphérie, il y a encore des périphéries. Ainsi, le problème reste et demeure, dans ces périphéries. Mais pas dans les quartiers comme Le Plateau, au centre d’Abidjan, ou Cocody, qui sont des quartiers résidentiels.

En France, nous avons les Apaches, les Blousons Noir, mais la mémoire collective semble les avoir oubliés face aux rixes récentes… En est-il de même en Côte d’Ivoire ? Les Microbes sont-ils vraiment un « nouveau » phénomène ?

Lorsque l’on parle des microbes, on a l’impression que c’est une première. Mais les microbes ne sont qu’une mutation, une reproduction, ou une métamorphose de phénomènes de délinquance plus anciens. C’est parce que l’on n’a pas résolu le problème qu’ils sont là. Les microbes reproduisent des dynamiques des bandes passées. Avant, il y avait les Nouchis (années 70) — des bandes parés de gri-gri qui semaient la terreur à Abidjan et combattait avec des armes blanches . Puis, sont apparus les Ziguehi (de l’ivoirien zigbohi, « celui qui se bouge », un garçon courageux et débrouillard), plutôt amateur d’art martiaux. Ils se battaient à main nues. Chaque quartier avait ses loubards. C’était une force au sein de la jeunesse, avec un gros potentiel de violence. Les Ziguehi d’hier sont les « vieux pères » d’aujourd’hui. Ils ont 40 ans, ils ne peuvent plus aller dans la rue pour faire des casses. Demain, le microbe de 15 ans sera un vieux père de 30 ans. Être « vieux père », c’est quelque part le rêve de plusieurs jeunes microbes ; être leader d’une communauté, et avoir eux aussi, à leur tour, des microbes à leur solde. C’est un cercle vicieux.

Quelle différence entre les bandes d’autrefois et celle d’aujourd’hui ?

Autrefois, ils n’étaient pas aussi jeunes. C’étaient presque des adultes, dans la vingtaine, qui auraient pu être étudiants. C’était des vagabonds qui n’avaient pas pu aller à l’école. Aujourd’hui, les microbes sont beaucoup plus jeunes, de 8 à 20 ans. Certains sont scolarisés. Ils vont à l’école. Et les plus petits, sont les plus virulents. Ils ne réfléchissent pas.

Et puis, même si les délinquants d’avant ont également connu la marginalité, les problèmes économiques… ils ne sont pas apparus suite à un contexte de guerre ou de crise politique, contrairement aux microbes. Certains des microbes que j’ai étudié ont fait leurs armes dans les conflits et la violence de la crise post-électorale de 2010/2011. Même si ils n’ont pas participé activement à la guerre. C’est dans leurs quartiers, dans des communes comme Abobo, que la guerre a battu son plein en 2011. Ils ont vécu la guerre, ils ont entendu les Kalachnikov. Ils ont vu les corps. Ils ont vu les machettes. La réalité à laquelle ont été exposés ces enfants là, et qui fait parti de leur héritage, est différente de celle des autres délinquants. Il y a un documentaire qui les nomme « les enfants de la crise ». La crise post-électorale a laissé un certain vide dans ces communautés, en particulier à Abobo [ndr : quartier d’Abidjan dans lequel les microbes ont été particulièrement nombreux]. Moi, je n’habitais pas à Abobo à cette époque, mais ce que j’entendais me traumatisait. Pour ceux qui vivaient là-dedans, c’était inimaginable. On chevauchait les corps, il n’y avait pas de nourriture. Il y avait des obus qui détruisaient les marchés. On sentait la putréfaction des corps, on voyait les hommes qui tiraient, et, souvent, les enfants qui ont été des microbes portaient les balles pour les « grand frères » [ndr : terme affectif pour les ivoiriens] qui allaient combattre. Ils portaient les armes, ils donnaient la localisation des camps adverses. C’était des indicateurs.

A la fin de la crise, on n’a pas su prendre les gens en charge psychologiquement. Il y a eu un moment de liberté, d’absence de la loi, et les armes ont circulé. Lorsque tout est sale, naturellement, il y a des microbes et des bactéries. C’est de là que les microbes émergent. Du reliquat de la crise. Souvent, certains disaient « mon père est mort dans la crise, c’était un ancien combattant. » « On s’est retrouvé sans rien. Il fallait que je me débrouille, et mes amis m’ont fait rentrer chez les microbes.» C’est ça la différence. Les microbes pour moi c’est les enfants soldats ; pas en temps de guerre non, mais en temps de « ni paix, ni guerre ». Au Libéria, après la guerre, les enfants sont tombés dans la délinquance. Il n’y avait rien pour les socialiser, et ils ne connaissaient que ça. La violence. Les microbes, c’est un peu ça. Même s’ils n’ont pas combattu comme les enfants soldats du Libéria, après la guerre, ils étaient un peu déboussolés. Les microbes, c’est le résultat d’un agrégat de circonstances et de situations qui ne date pas d’aujourd’hui.

Quelle est la réponse juridique de l’Etat ?

Chez nous, le droit, ce n’est pas très développé. Les « microbes », c’est la population qui a donné ce nom-là à ces enfants, si nuisibles. En Afrique, il y a ces appellations [familières] dans les rapports inter personnels [ndr : pour des personnes qui ne sont pas de la même famille]. « Ma soeur » « le père » « tonton » « petit » « fiston » … Alors, quand la population a vu ces petits de 8 à 19 ans, avec des machettes, on les a tout de suite appelé « microbes ». On n’en veut pas. Des êtres nuisibles que l’on veut éliminer du corps social. Pour éviter que les choses ne dégénèrent, contrôler ces phénomènes [de haine], l’Etat, le droit pénal, a fini par créer une nouvelle terminologie, une nouvelle sémantique plus respectueuse et fragile : « mineurs en conflit avec la loi ». Puis, les centres de rééducation, les CCSR (cellule de coordination de suivi et d’insertion) ont été ressuscités. C’est comme ça, que le droit est intervenu. Ça n’existait pas avant [cette terminologie]. C’était cru.

Quelle relation entretiennent les microbes avec l’Etat ? Quelle influence sur le pouvoir politique ?

Les microbes, ce sont aussi les petites mains sales de l’Etat. Houphouët-Boigny en est un exemple : le gouvernement avait peur de cette jeunesse délinquante, les Zeguehis. Pour que ces délinquants ne puissent pas être incorporés dans les rangs de l’opposition qui venait de naître, il les a pris sous sa tutelle. On les a appelés de manière ironique les « volontaires salariés » : ils avaient la garde des lieux de la jeunesse, des cités universitaires, et en échange, ils étaient à la solde de Houphouët. La Côte d’Ivoire est un pays où chacun est sur ses gardes, particulièrement en matière de politique. Il faut sécuriser son pouvoir, notamment auprès de la population. Les microbes sont la solution. On dit que les microbes sont toujours là parce que, quelque part, ils ont servi la cause du régime en place. Ils sont le relais du pouvoir dans chaque sphère de la société, dans chaque commune marginale. Aux élections, on ne vote pas pour un programme, on vote pour de l’argent, comme dans un système clientélisme.

Ainsi, lors des élections de 2015/2016 notre Premier ministre [ndr : récemment décédé] Hamed Bakayoko a fait appel aux « vieux pères » qui ont de l’influence et le monopole de la violence. Leaders qui ont eux-mêmes fait appel aux microbes. Contre 5000 francs (10 € environ) et un peu de drogue (pour casser toute sensibilité), ils allaient déranger les meetings des opposants. Ils sont prêt à tout pour leur « vieux père » qui leur donne de l’argent et à manger. C’est là qu’on a vu que la chaîne était longue. Les microbes travaillaient pour un vieux père, qui lui-même travaillait pour Hamed Bakayoko, le pouvoir en place. Ce sont des prestataires de services. N’importe qui peut les engager.

Et l’approche policière ? Comment sont réprimés les microbes ?

En 2013/2014, à l’apogée du phénomène, la population tuait les microbes. Aujourd’hui, à Abobo, il y a moins de microbes parce que les gens les ont tellement tué, qu’ils ne reviennent plus. Ils préféraient être entre les mains des policiers, plutôt que dans celles de la population. Parce que le peuple, il ne va pas t’emmener à la police, il va te tuer pour peu qu’il voit un enfant qui ressemble, selon lui, à un microbe. Il y a eu des décapitations. Des patrouilles à 4h du matin, des comités d’auto-surveillance, ont été créés pour surveiller les quartiers sombres. C’était la version douce de l’approche policière.

Mais, il y a eu aussi une forte répression de la part de la police [ndr : à une autre période]. La police faisait des descentes dans les fumoirs, avec des indic. Dans les bas-fond, dans les quartiers les plus reculés, ils traquaient les microbes. Il y a eu beaucoup de morts. Mais si vous tuez un microbe, ils tuent deux policiers. C’était une vraie guerre. Il y avait un couvre feu, à 18h tu rentrais chez toi, parce que quand les enfants descendaient avec des machettes, ils agressaient tout le monde. Ils vous piquent, ils vous tuent, ils n’ont aucun égard. Quand ils connaissaient un policier, il allaient chez lui, pour le tuer. Un jour, les microbes ont décidé de battre en retraite. Ils mouraient trop, la population comme la police les traquaient énormément. C’est à ce moment là que l’on s’est aperçu que c’était trop violent. C’est là, qu’on a commencé à moins tuer les enfants. En 2021, les tueries continuent, mais la violence a considérablement réduit.

Aujourd’hui, les bandes de jeunes tendent à se retrouver sur les réseaux sociaux. Ils se provoquent et se donnent rendez-vous. En Côte d’Ivoire, les réseaux jouent-ils un rôle majeur également ?

Oui, parce que ce sont des fanfarons quand même. Ils aiment bien se montrer. Ils ne font rien de leur argent. Avec l’argent qu’ils volent, ils en donnent un peu à leur parents, à leur mère — la figure de la mère est très importante — et le reste, c’est pour fanfaronner. Ils s’affichent sur les réseaux, dans des bars, au bras des plus belles filles, avec les tout derniers téléphones. Il y a, en Côte d’ivoire, dans notre argot, l’expression « la vie des giga » lorsque l’on parle de la vie de ces jeunes. Comme les giga octets. Chez nous il n’y a pas de forfait à payer par mois. Donc, avec leurs giga internet, ils connectent leur 4G et montrent leur argent, des liasses de billets. C’est tout ce qu’ils peuvent faire. Et, souvent, ce sont des modèles pour les autres. Certains, tous ce qu’ils veulent, c’est avoir les gros téléphones et mener la vida loca. Ces jeunes-là sont quelque part des influenceurs, pour d’autres jeunes qui ne rêvent que de ça. Vivre la vie du paraître. Le phénomène des microbes vis à vis des réseaux sociaux est par ailleurs à regarder en parallèle avec le phénomène des « brouteurs », ces arnaques en ligne en Côte d’Ivoire. A leur débuts, à Abidjan, c’était la même chose. Ils faisaient du boucan, montraient leur argent… C’était des modèles pour les jeunes. Et c’est pareil pour les microbes. Vendre de la drogue, c’est rien à Abidjan. Il y a deux types de microbes. Ceux qui tuent, qui n’ont pas peur de la mort, et ceux qui vendent de la drogue, les « délinquants sans sang ». C’est comme aux États-Unis, ils rappent, ils sortent des albums. Ils promeuvent une certaine vie de boss, avec des richesses que les jeunes peuvent avoir en rentrant dans les magouilles.

Quelles sont les solutions ? 

Je n’ai pas trouvé de solution, j’ai proposé des choses qui étaient déjà en place. On garde les enfants pendant 1 an ou 6 mois. Les 3 premiers mois, on les garde au centre. On leur demande ce qu’ils veulent apprendre. On leur donne une éducation civique et scolaire ou on leur apprend un métier. Les 3 mois suivants, ils sont relâchés dans la société. Les psychologues viennent 2 ou 3 fois dans le mois. Puis ils sont laissés à eux-mêmes. Et c’est le problème.  Il n’y a pas de continuité. Je préconise un suivi. Essayer une assistance globale à défaut d’une assistance personnelle. Assister non seulement le jeune, mais aussi « le jeune dans sa famille » parce que c’est un tout. Proposer un accompagnement aux parents, à la mère qui s’occupe seule, souvent, de l’enfant. Il appartient à une famille qui ne va pas bien, qui est dysfonctionnelle. Il y a des comités de dialogues, de réinsertion pour socialiser l’enfant, des guides religieux… On doit encore ajuster les mesures. 

Qu’est-ce que cela révèle de la société ?  Quel parallèle pouvez-vous établir avec la France, dont le phénomène de bande est en pleine recrudescence ?

Ces phénomènes de gang révèlent une physionomie sclérosée, une société malade. La gestion de ces phénomènes nous amène à remettre en question l’organisation de la société. Notre manière d’aménager nos territoires. L’organisation des rapports entre couches sociales. Ce n’est pas un problème de pays pauvre. Même aux États-Unis, en France, il y a des gangs. Toutes ces différences [sociales] traduisent un malaise. Que l’on soit un pays pauvre, ou un pays riche, le fait qu’il y ait des microbes, des bandes de jeunes délinquants, montre que la société telle qu’on l’a pensée ne marche plus. Il n’y a plus de repères. Avant — chez nous — l’école était le repère. Être instruit et travailler pour l’état. Aujourd’hui, l’école ce n’est plus la clé de la réussite. Ce qui marche, c’est travailler à son propre compte. Qu’importe l’entreprise, même si c’est l’entreprise de la violence. Ces bandes [délinquantes] sonnent l’alarme d’une société qui est en train de changer, de se métamorphoser, de muter.

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