La troisième manifestation contre l’article 24 de la proposition de loi « Sécurité globale » s’est tenue le 28 novembre dans plusieurs métropoles de France. A Paris, la foule a exprimé sa colère suite aux récentes affaires policières.

Une fumée noire épaisse traverse l’horizon et atteint le Génie de la Liberté. Sur la place de la Bastille, à Paris, une ambiance semblable à celle d’un festival anime la manifestation contre le très controversé article 24 de la loi « Sécurité globale ». Des pancartes se mêlent aux chars, des chants accompagnent les cris, et un jeune public, bière à la main, regarde la fumée s’échapper. Pourtant, les premières impressions s’avèrent différentes. Au loin, alors que les barrières de sécurité cachent le rassemblement, un bruit répétitif de projectiles se fait entendre. Il faut alors traverser la passerelle Mornay pour pouvoir se mêler aux manifestants. 

Un climat de tensions contre le gouvernement et les CRS

L’ambiance cache pourtant une colère revendiquée. La manifestation contre le floutage des policiers [l’article 24 « sanctionne d’un an de prison et de 45 000 euros d’amende la diffusion de tout élément d’identification des membres des forces de l’ordre en opération, dans un but malveillant »] prend une autre tournure. Les cris visent directement l’ensemble du gouvernement. « Macron démission » ; « Nique la police » s’affichent sur les pancartes et sont repris en refrain. Le Ministère de l’Intérieur compte 133 000 manifestants. Parmi eux, la CGT, fièrement vêtue de gilets fluorescents, des femen, et même des pro-palestiniens… Tous sont filmés par la presse française et étrangère. Près des caméras, Rémy et Yohan observent la manifestation : « Il y a beaucoup de monde par rapport aux dernières semaines » affirment-ils.

Une réponse aux récentes affaires policières

Cette troisième mobilisation intervient quelques jours après l’acharnement de quatre policiers contre le musicien Michel Zecler. « J’ai été frappé par le passage à tabac du producteur de musique, avoue Rémy, employé chez France Télévisions. Cette manifestation soutient aussi ces personnes victimes de violences ». Sur le contenu de la loi, Rémy reste dubitatif : « Il y a du pour et du contre ». Le jeune homme a survolé la loi « Sécurité globale » et admet qu’elle n’est pas « évidente » à saisir. Seul l’article 24 lui semble excessif : « On a besoin de vidéos, ne serait-ce pour prouver certains débordements». Pendant ce temps, la foule hue les forces de l’ordre. Ces dernières mettent en place un camion à eau vers 18h00, heure où la manifestation est censée prendre fin. Beaucoup de manifestants quittent les lieux, de peur de se retrouver aspergés de gaz lacrymogène.

Un texte jugé “trop policier” et contraire aux libertés fondamentales

À quelques mètres de la foule, Valentine est spectatrice de la scène. Elle avoue craindre de possibles affrontements, bien que la manifestation lui semble justifiée : « Il y a eu une accumulation de violences policières ces derniers jours. Cette loi ne va pas dans le bon sens. Il faut protéger la police, mais il faut pouvoir aussi dénoncer ». Qualifiant la loi « Sécurité globale » de « trop policière », Valentine ne l’a pas pourtant pas lue.

La jeune femme se trouve à côté de l’entrée du grand rassemblement, où quelques-uns continuent de se faufiler. Certains ne portent pas de masque, comme si la crise sanitaire était oubliée durant une journée. Entre-temps, la manifestation contre la loi « Sécurité Globale » permet quelques retrouvailles : « Il est vrai que cela m’a permis de retrouver mon ami » avoue Yohan, manifestant contre l’article 24. Le jeune homme n’a pas assisté à la marche depuis la Place de la République, mais compte exprimer son désaccord : « Au début je n’y faisais pas trop attention. Mais ces gens qui parlent d’un texte liberticide m’ont fait prendre conscience du problème avec cette loi ». Yohan n’a pas lu le contenu de la loi lui non-plus, mais il s’appuie sur les propos de l’ONU.  Selon la Haut-Commissaire aux Droits de l’Homme des Nations Unies, Michelle Bachelet, ce texte peut attenter aux libertés fondamentales. La nuit tombe sur la place de la Bastille. Les manifestants continuent de crier contre le non-respect des droits de l’Homme. Les premiers débordements commencent et le Génie de la Liberté étouffe au-dessus des hostilités.