Rencontre avec Ali Abu Awwad

CARNET DE VOYAGE

 Beit Ummar

Par Victoria Laurent
Victoria Laurent

Victoria Laurent, étudiante en master 1

Leading Leaders For Peace est une ONG palestinienne et israélienne pacifiste. Sa mission ? Améliorer le vivre-ensemble et la compréhension mutuelle entre juifs et musulmans, dans le respect de la non violence. Rencontre en extérieur, dans un jardin, avec son leader charismatique, Ali Abu Awwad : il dirige l’organisation depuis Beit Ummar, en Palestine.

« Personne ne va nous aider, si l’on ne s’aide pas soi-même ». Des termes qui résonnent comme une introspection… C’est ainsi qu’Ali Abu Awwad nous a décrit le travail que chaque Palestinien et Israélien est supposé mener afin de parvenir à une solution tangible.

Né en 1972 avec le statut de réfugié de la ville Al-Qubayba, Ali Abu Awwad grandit dans une famille très politisée. Lors de la première Intifada, il rejoint le Fatah. « J’ai grandi dans un environnement qui favorise la haine et la colère », raconte Ali, assis devant cette maison de colon juif en compagnie de son ami israélien. Alors que le jeune homme n’a encore que 16 ans, il est arrêté avec sa mère par l’armée israélienne et passe quatre ans en prison. «  La peur du juif a toujours été entretenue chez les Palestiniens, et cela est même devenu une idéologie. » Il fait son éducation politique en prison, découvre Gandhi, Martin Luther King, mais il est rattrapé par la mort de son frère Youssef, tué d’un tir à bout portant par l’armée israélienne. Cela achève de faire d’Ali Abu Awwad un militant engagé. «  Je me demandais quel châtiment serait assez fort pour assouvir mon besoin de vengeance. Combien de mères israéliennes devraient encore pleurer la mort de leur fils ? D’ailleurs, je ne concevais même pas que des juifs puissent pleurer, vu ce qu’ils nous faisaient subir. »

Après plusieurs grèves de la faim, c’est là, dans les geôles israéliennes, qu’il trouve sa voie : «  J’ai alors rencontré mon humanité. Auparavant, je devais faire face à un conflit entre mon esprit, qui était profondément engagé, et mon cœur, qui souffrait au quotidien. Mais je savais que tuer des juifs ne me permettrait pas de sécuriser ma nation. »

 

Vers la création d’une association non-violente

 

En 1994, à la signature des accords d’Oslo, Ali Abu Awwad est libéré avant la fin de sa peine. Si les ONG sont très nombreuses à travers le pays, il considère que le conflit ne peut être réglé par des organisations surannées, qui ne sont pas présentes au quotidien sur le terrain et notamment dans les territoires. Aujourd’hui, l’association Leaders for Peace travaille main dans la main avec près de 70 ONG. Elle s’attache à combattre les préjugés en organisant par exemple des marches « Pour la paix » qui rassemblent Israéliens et Palestiniens.

 

Ali Abu Awwad

Ali Abu Awwad (à droite)

Interrompu par les chants du coq, il ajoute : «  A mon sens, le principe de non-violence est le meilleur catalyseur de nos colères et de nos peurs. Si la situation est complexe en Israël et en Palestine, la guerre est plus simple. Le problème c’est que la guerre participe à la victimisation de populations. »

Mais Ali insiste : « La majorité de la population est en faveur d’une solution non-violente, personne ne fait rien. » Pour lui, agir est une nécessité: « Etre musulman, c’est avant tout reconnaître le judaïsme et ça, nous ne devons pas l’oublier. Si la non-violence n’est pas une fin en soi, c’est un moyen de trouver des solutions et d’aller vers la résolution du conflit. Je la vois au plus tard dans trois générations. Le jour où nous trouverons des solutions, c’est lorsque la guerre coûtera moins cher que la paix. »

 

Crédit photo : Romain Badouard