Une semaine après la sortie de son nouvel album AYA, la chanteuse originaire d’Aulnay-sous-Bois a explosé les charts en se hissant à la première place du classement. Elle est la chanteuse française la plus écoutée dans le monde et pourtant en France, si elle n’est pas perçue comme hautaine et illettrée, on lui reproche de se prendre pour « la Madonna de banlieue ». 

L’ultime victime médiatique de misogynoir 

Le mépris des médias français révèle la misogynoir dont Aya est victime : une misogynie « classique » associée au fait qu’elle soit noire. Beaucoup d’hommes (et de femmes…) sur les réseaux sociaux l’ont longtemps moquée, considérant qu’elle ressemblait à un homme ou à un joueur de football. Assez discrète sur Twitter, un peu moins sur Snapchat, Aya Nakamura justifie cette rareté dans des propos rapportés par l’artiste Wejdene dans une interview accordée à Mehdi Maïzi de Booska-p : « T’es folle ! il faut pas regarder les critiques Twitter. Si tu prends en compte tout ce qu’ils disent, ça va te détruire ». 

Lorsqu’Aya Nakamura se fait remonter les bretelles pour avoir utilisé trop de mots jugés incompréhensibles, elle n’en est pas à sa première attaque de la part des médias. En réalité, l’argot qu’elle utilise n’est pas celui d’un breton ou d’un corse mais celui des noirs et des arabes de quartiers et ça… ça ne passe pas. « En catchana », « lossa », « tchop », Aya multiplie les mots d’argot dans ses textes et l’assume dans une interview au HuffPost : « C’est mon langage de la vie de tous les jours, je n’ai pas envie de faire semblant. L’argot c’est un langage très utilisé dans les quartiers ou autres et je pense que chaque milieu à son argot. ». Mais les néologismes sont respectés et respectables lorsqu’il s’agit uniquement de ceux prononcés par Apollinaire ou Mallarmé

Dans une culture dominante blanche et bourgeoise, le vocabulaire d’Aya Nakamura est insaisissable par une partie de la population, alors qu’il est entièrement accessible pour une autre. Seulement, la première partie de la population accuse, méprise et rend responsable la deuxième de manquer de culture et d’avoir un langage limité. Mais étrangement, lorsque le cas contraire s’opère, c’est toujours cette deuxième partie de la population qui demeure responsable. Il ne leur viendrait pas à l’esprit de se dire que la richesse d’une langue vivante tient à son évolution. Ni de reconnaitre que l’immigration et la colonisation ont fatalement conduit à ce genre de mutation. Ni même de prendre conscience de leur snobisme intellectuel. 

« Tu parles sur moi y’a R, crache encore y’a R »

Alors qu’elle est valorisée sur la première page du New York Times aux États-Unis, ce n’est pas le cas en France. Entre Nikos Aliegas qui écorche son nom à de multiples reprises et sa présence à C à vous qui a créé un malaise, là où la chanteuse a considéré dans une interview accordée à 20 minutes que « C’était comme si la présentatrice voulait me mettre dans un délire :’C’est trop dur la cité, je suis une renoie, c’est trop dur’ en mode pleurnichage. Alors que non, j’ai jamais dit ça moi », Aya Nakamura est ouvertement moquée et rendue illégitime entre mépris de genre, de race et de classe.

Malgré les attaques des médias, Aya ne s’est pas laissée abattre et continue d’accepter des interviews. Elle s’est livrée à Mouloud Achour dans Clique sur son nouvel album : « C’est un album de love », ses attentes envers un homme, et a parlé d’amour tout simplement : « Tu prends toujours des risques quand tu aimes », sans qu’elle n’ait à évoquer, avec obsession et fantasme de la part du journaliste, le milieu dont elle est issue.

« J’fais mon bif et j’me débrouille toute seule, ce que j’ai, je l’ai gagné toute seule »

En méprisant la star internationale qu’est Aya Nakamura, les médias français méprisent toute une réalité, à savoir des jeunes filles, des jeunes femmes ou des jeunes garçons qui peuvent s’identifier à une artiste féministe noire. On peut par ailleurs rappeler qu’en 2020 comme l’évoquait un article de Slate, « La vraie parisienne est plus proche d’Aya Nakamura que d’Inès de la Fressange ». Alors que les snobs semi-intellectuels se rhabillent et ferment la porte derrière eux : Aya est dans le sas depuis un moment et compte bien y rester. 

Auteur/Autrice

  • Après une khâgne littéraire, elle intègre une licence LEMA à La Sorbonne. Passionnée de danse, elle a été formée au Conservatoire de Cergy dès l'âge de 4 ans. Amoureuse de la littérature et surtout de Proust, les phrases à rallonge sont son grand défaut... Elle a pour ambition de regarder le monde avec un oeil critique et ne supporte pas le racisme, l'intolérance, le sexisme et la mauvaise foi intellectuelle. Créer une symbiose de toutes les choses qu'elle aime : rap français, danse, littérature, féminisme intersectionnel, lutte anti-raciste afin de mieux dénoncer, créer et vivre est le but de sa vie.