quand le gaming se met au service de la liberté de la presse

Le célèbre jeu vidéo de construction virtuelle Minecraft accueille ce qui pourrait bien être l’un des plus importants bastions de défense de la liberté de la presse au monde.

Le gaming et le journalisme ne se sont pas toujours compris. Le premier, offre pourtant des espaces de liberté d’expression presque absolus, lesquels manquent parfois cruellement au second, soumis à la censure et à la répression. Conscient de ce potentiel, l’ONG Reporters sans frontières (RSF) a mis en ligne le 12 mars 2020, sur le jeu vidéo Minecraft, une bibliothèque virtuelle publiant des centaines d’articles de journalistes « interdits, emprisonnés, exilés, voire tués. »

« Dans beaucoup de pays, il n’y a pas de libre accès à l’information. […] Les jeunes grandissent sans possibilité de se forger leur propre opinion. À travers Minecraft, le jeu vidéo le plus populaire du monde, nous leur donnons accès à une information indépendante  » explique Christian Mihr, directeur de Reporters sans frontières Allemagne. « The Uncensored Library », ou « Bibliothèque libre » en français, apparaît alors comme un lieu inattaquable par la censure, présent partout dans le monde, accessible à tous, et qui permet, de fait, la libre circulation de l’information. Yulia Bereovskaia, rédactrice en chef du média russe grani.ru, affirme ainsi que « la seule véritable manière de combattre la censure est de partager et de diffuser ce qui a été censuré. »

Un projet ambitieux

Minecraft se présente comme un jeu de construction, comparable à un « Lego numérique », qui comptait déjà 112 millions d’utilisateurs actifs par mois en septembre 2019. Liberté de création et interactivité entre joueurs y sont les maîtres mots. Un endroit rêvé pour bâtir un temple de la liberté d’expression et d’information. Trois mois de travail, 12,5 millions de blocs et 24 constructeurs de 16 pays différents ont été nécessaires pour construire la « Bibliothèque Libre ». 

Dôme de la « Bibliothèque libre » / Crédit photo : minecraft-france.fr

Au cœur du dôme se trouve le classement par pays de la liberté de la presse, produit chaque année par RSF. Plusieurs rapports de l’ONG y sont également disponibles. Cinq ailes sont respectivement attribuées à l’Egypte, au Mexique, à l’Arabie Saoudite, à la Russie, et au Vietnam, des pays où la liberté d’informer est régulièrement bafouée. Sans surprise, les écrits du journaliste saoudien et ex-chroniqueur au Washington Post Jamal Khashoggi, assassiné en octobre 2018, y figurent en bonne place.

Donner les outils de l’émancipation

« La Bibliothèque libre est une utilisation audacieuse de Minecraft. Ce lieu englobe vraiment tout ce qu’il y a de formidable dans ce jeu et dans la communauté qu’il a créée » indique James Delaney, directeur de BlockWorks, architecte de la « Bibliothèque libre ». Une affirmation qui tend à confirmer le potentiel des jeux vidéo, et a fortiori, du numérique, en matière de libre circulation de l’information.

A travers cette initiative, RSF pose également la question du rapport des jeunes à l’information, à l’heure où la désinformation est devenue un mode de communication et d’action politique comme un autre. L’association précise ainsi que l’objectif final de la Bibliothèque libre est « de donner les moyens à la génération suivante de revendiquer ses droits à l’information et de lui offrir un puissant outil pour combattre les oppresseurs : la connaissance. »

L’initiative de Reporters sans frontières détonne dans un univers numérique gangréné par les accusations d’ingérence électorale, de discours de haine, voire de manipulation des masses. L’utilisation par l’ONG d’un jeu tel que Minecraft pour mener son combat indique toutefois que les idéaux émancipateurs propres aux premières heures d’internet n’ont pas totalement disparus.

Auteur/Autrice

  • Après une licence d’Histoire à Lille, j’entame désormais une formation dans ce qui me passionne vraiment : le journalisme. Très ouvert, et définitivement curieux, je m’intéresse à tous types de sujets, avec néanmoins, une appétence particulière pour les sujets politiques et sociaux. Tous les supports ont leur charme… Mais la plume reste mon moyen d’expression et de communication préféré !