L’Université française a-t-elle perdu le sens de l’orientation ?

Par Estelle NDJANDJO et Johan BESCOND

Après un été passé à rencontrer les protagonistes de l’éducation, le gouvernement a présenté, lundi 30 octobre, son plan étudiant censé réduire le taux d’échec à l’université. Au cœur de l’amendement : vœux limités, fin du tirage au sort, ou encore deux semaines d’orientation au lycée. Des changements révélateurs de la première limite de l’éducation supérieure française : l’orientation.

« J’ai toujours fait en sorte d’avoir des bonnes notes pour éviter d’avoir affaire à la conseillère de désorientation », plaisante Mariama, aujourd’hui 25 ans et originaire d’une cité dite sensible à Villiers-le-Bel, dans le Val d’Oise. En septembre, la jeune femme a entamé sa dernière année à l’ESSEC, l’une des Ecoles de commerce les plus réputées de France.

Avant d’en arriver là, Mariama a pourtant galéré. Après une seconde générale « correcte », elle est orientée par ses professeurs en CAP Sanitaire et sociale : « Je n’avais aucune envie d’y aller et j’ai laissé tomber au bout de 6 mois. » Elle enchaîne les petits boulots pendant deux ans, avant de reprendre ses études pour intégrer la prépa d’égalité des chances de l’ESSEC, sur les conseils d’une amie : « Le commerce international m’a toujours attirée mais je ne m’en sentais pas capable. Je suis fière de mon parcours. »

Les étudiants ont peur de perdre leur bourse

En France, de nombreux élèves ont subi la même mésaventure. Un étudiant sur deux abandonne dès la première année universitaire, selon le ministère de l’Enseignement supérieur. En France, chaque lycéen obtenant le bac a le droit d’accéder au supérieur. Censé assurer l’ascension sociale, l’université pour tous se base sur notre modèle républicain. Mais depuis plusieurs années, le choc démographique gonfle les amphithéâtres. Dans les universités de Caen, Toulouse, Montpellier, Lyon le nombre d’élèves en L1 en médecine ou en droit peut atteindre les 1500. Avec des élèves obligés de prendre des notes sur les escaliers, les amphis sont vite boudés.

« Les étudiants ont peur de perdre leur bourse, explique un professeur d’université en région parisienne. Une succession d’absences et ils doivent en rembourser l’intégralité. Les étudiants sont quasi-contraints de venir en cours, sans conviction. »

 3 700 bacheliers sans affectation

Un absentéisme révélateur d’un problème majeur dans l’orientation des élèves entre le lycée et le supérieur. Valentin Heitzler, élève en 1ere ES et président du syndicat lycéen FIDL, estime que ses camarades ne sont pas suffisamment informés : « La seule fois où ma prof principale nous a parlé d’orientation, ça n’a duré qu’une heure », regrette-t-il. Selon lui, la plateforme Admission Post Bac (APB) est la racine du problème. Tirage au sort, hiérarchie des choix de parcours, filières aux places limitées… Les lycéens étaient confrontés à de nombreuses barrières avant de pouvoir s’asseoir sur les bancs de la fac. À la rentrée dernière, 3 700 bacheliers se sont retrouvés sans affectation.

Avec le nouveau plan étudiant, les universités peuvent désormais consulter les dossiers scolaires avant d’accepter l’inscription d’un étudiant dans une filière.

 

Les dossiers envoyés vers celles qui croulent sous les demandes, comme le droit, la médecine ou encore STAPS, pourront ainsi être refusés. Le spectre de la sélection revient hanter l’Enseignement Supérieur.  

 « Je n’ai pas et je n’ai jamais eu peur du mot sélection, mais ce n’est pas ce que nous proposons », a déclaré Edouard Philippe lors de la présentation du projet.

L’ université n’est pas faite pour tout le monde

Néanmoins, pour Julie Mleczko, rédactrice en chef de Studyrama, site spécialisé dans l’éducation, il n’y a aucune nouveauté : « On ne peut pas parler de sélection déguisée. Les facs proposaient déjà d’étudier les dossiers aux lycéens et donnaient leur avis pour savoir si le parcours était adapté. »

Pour une orientation des lycéens mieux maîtrisée, la journaliste recommande un travail plus en amont. Elle explique qu’il est préférable d’aborder les centres d’intérêt avec un jeune de 17 ans, car à cet âge, difficile de se projeter dans un métier précis. « L’université n’est pas faite pour tout le monde, ajoute-t-elle. Un élève de terminale livré à lui-même peut laisser tomber rapidement. Pour ceux-là, il faut des formations plus encadrées. Ce n’est pas de l’orientation qu’il faut faire, mais de l’éducation à l’orientation. »

Pour Olivier Vidal, président du syndicat étudiant UNI, orienté à droite, le gouvernement ne va pourtant pas assez loin :

 

Le lycée est formaté sur l’objectif bac

Pour Gilles Gaudheron, directeur d’un centre d’informations et orientation (CIO) à Cergy-Pontoise, le problème serait plutôt une question de priorité : « La moitié des élèves en terminal sollicite un rendez-vous. Mais au lycée, tout le monde est focalisé sur l’objectif bac. L’orientation est reléguée au second plan. »

 Révélé par Le Figaro, le ministre de l’Éducation Nationale, a missionné, ancien directeur de Science Po Lille, pour réformer en profondeur le baccalauréat. Ainsi, les filières L, ES et S pourraient disparaître, d’ici 2021, pour laisser place à des cours à la carte et des contrôles continus. Un moyen de préparer les lycéens au fonctionnement universitaire.

 


 

GENNEVILLIERS : PREPARATION AUX BEAUX ARTS

 

 

 

« Diversifier le profil des étudiants aux Beaux-Arts, voici le défi lancé depuis plus de dix ans par l’école municipale des Beaux-arts Edouard-Manet, à Gennevilliers. La classe prépa forme à bas coût 20 élèves aux concours d’entrée des plus prestigieuses écoles d’arts de France. »