Environnement : quel(s) rôle(s) pour les médias ?

illustration environnement et médias
Par Floriane Padoan

Cohérence éditoriale, pédagogie de la complexité, vulgarisation… Les enjeux sont nombreux pour les journalistes qui veulent traiter au mieux de transition écologique. Pour en parler et trouver des pistes à suivre, ils se sont retrouvés mardi au 2e étage des Échos pour le festival Médias en Seine. 

 Jon Henley est correspondant pour l’Europe au Guardian. Son journal a fait le pari de s’engager en faveur de l’environnement, il y a trois ans. Pour lui, l’engagement journalistique passe par un changement de « quelques idées qui depuis deux siècles définissent ce qu’est un bon journalisme : objectif, équilibré, vérifiable, et qui représente les deux points de vue. » Dans un contexte d’urgence climatique, il faudrait donner une priorité de traitement médiatique à l’environnement. Pour Jon Henley, « la meilleure façon de s’engager sur le sujet de l’environnement, c’est de le couvrir dans tous ses aspects, dans toutes les rubriques du journal, le couvrir sans cesse. »

 Mais pour Catherine Nayl, directrice de l’information de France Inter, cette prise de position exige une cohérence entre les journalistes et la régie publicitaire : « on peut avoir tous les jours un papier sur la protection de l’environnement, et un autre sur la colère d’un constructeur immobilier contre de nouvelles mesures européennes, dans le même journal. » Pour un domaine dont l’équilibre économique dépend souvent des recettes de la publicité, la journaliste soulève un problème : comment faire vivre la presse et être en accord avec ses valeurs ?

Une fois de plus, l’exemple du Guardian offre une solution : « lorsque le journal publie des enquêtes, des projets, ou organise une opération spéciale environnement, les dons des lecteurs se font plus abondants », témoigne Jon Henley. Le journal, qui ne vit que des dons de ses lecteurs et non pas de la publicité, a tout avantage à traiter d’environnement.

Traiter d’environnement, oui, mais comment ? Pour Olivier Aballain, responsable de l’Académie ESJ « parler du réchauffement climatique, ce n’est pas être engagé. ». Il fait appel à « la rigueur du journalisme scientifique », pas assez présente dans les journaux selon lui. Attention cependant aux publics que cela pourrait repousser : comme le rappelle Catherine Nayl, « dans la presse généraliste, de plus en plus de “féminins” souhaitent investir le sujet, mais ne le font pas par manque de contenus vulgarisés par les experts. » Pour elle,  l’enjeu climatique concentre finalement la question de « la confiance accordée au journalisme aujourd’hui  » : «  Dans notre éducation, on nous a appris que tout était blanc ou noir. On ne voit pas les nuances de gris. Or toute question liée à l’urgence climatique relève forcément de la pédagogie de la complexité. ».

Le correspondant en Europe pour le Guardian rebondit sur cet enjeu de la confiance en rappelant les deux vagues de canicule qui ont frappé l’Europe cet été. Une photo à la Une de son journal représentait cette période d’intense chaleur par « trois gamins italiens dans une fontaine, en train de rire ». Rires dans la salle. Une responsable des programmes de France Télévision renchérit : « On a peur des sujets anxiogènes. »

A la fin de cette Master Class, les besoins des journalistes pour mieux traiter d’environnement sont nombreux. Même si le défi paraît difficile à relever, et qu’aucune solution express n’a été trouvée, quelques journalistes évoquent la possibilité de partenariats, la nécessité de réfléchir à d’autres formats… Si les enjeux climatiques remettent en question les modes de consommation, ils bousculent aussi le paysage médiatique.

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