Par Sophie Cayuela

Le Tribunal Judiciaire de Paris a condamné le jeune homme de 29 ans à 10 mois d’emprisonnement en semi-liberté pour avoir frappé sa femme au; visage. Son casier judiciaire fait l’objet de 27 condamnations, majoritairement pour vols.

Il entre dans la salle d’audience 6.02 et salue la Cour d’un signe de la main. Kévin Le Guerne, 29 ans n’est pourtant pas un ami proche des juges. En revanche, le jeune homme est connu des services judiciaires…et habitué aux barreaux ! Sa dernière sortie de prison date tout juste de sept mois. Le jeune homme est encore en période de probation.

« Je ne voulais pas lui faire de mal »

Les faits remontent au 27 mars, minuit passé, dans le neuvième arrondissement de Paris. À l’Hôtel Le Faubourg, le directeur entend des cris provenant de la chambre 203. Il longe le couloir. Les bruits s’arrêtent. Lorsqu’il redescend à la réception, des appels à l’aide reprennent de plus belle. Il contacte la police.

En enfonçant la porte, les forces de l’ordre découvrent une femme blessée à l’œil gauche. Ce sont des marques de coups de poing. Dans la même pièce, Kévin Le Guerne est ivre. Le dossier d’enquête stipule qu’il a frappé sa compagne alors qu’elle aurait refusé de consommer de l’alcool. Debout devant les juges, l’accusé avoue ne pas se souvenir de son attitude violente. Après le signe de la main, les larmes montent : « Mon petit chat, je ne voulais pas lui faire de mal. Je vous jure que je ne recommencerai
pas, laissez-moi une seconde chance ». Pourtant, Kévin Le Guerne n’en est pas à sa première condamnation. Devant les larmes qui disparaissent aussitôt, la présidente énumère les 26 mentions de son casier judiciaire. Parmi cette liste, où se suivent une série de « vols », figure un autre comportement violent envers sa « princesse » :


– Je ne veux pas de mal à mon petit chat
– Peut-être, réplique la présidente, mais votre « petit chat », vous l’avez frappé.

En plein mouvement #Metoo et de lutte contre les féminicides, l’accusé s’excuse de son comportement devant la Cour, exclusivement composée de femmes.

Dépendance et précarité

L’accusé confie perdre facilement le contrôle de lui-même. Mais le problème semble ailleurs. Interrogé sur ses actes, il craque : « J’en ai marre de faire la manche pour vivre ». Sans domicile fixe, il vagabonde d’hôtels en hôtels avec sa compagne : « c’est le seul moyen qu’on ait pour être ensemble » avoue-t-il. À la barre, la défense insiste sur la précarité du jeune homme : « Mon client
vit sans domicile depuis deux ans. Il n’a pas de travail, pas de famille proche et a perdu sa mère il y a peu ». Malgré cette situation difficile, le jeune homme semble s’accrocher en cherchant du travail : « Il se mobilise et se donne les moyens pour s’en sortir » continue son avocate. Kévin Le Guerne suit des soins psychologiques pour mieux contrôler son emprise de soi, son alcoolisme et son addiction aux stupéfiants. Il reconnait « fumer du shit » et être « en risque de manque ». Sa consommation de cannabis peut atteindre 10 joints par jour. S’ajoute à cela le vol de ses papiers d’identité, qui plonge l’accusé dans une difficulté supplémentaire.

Dix mois d’emprisonnement et une semi-liberté

La défense demande une peine de travaux d’intérêt général, selon elle plus adaptée à sa situation. La procureure réclame quant à elle dix mois d’emprisonnement en semi-liberté. Cette dernière réquisition marque le verdict de la Cour. En raison de la crise sanitaire, l’accusé, reconnu coupable de violence conjugale, dormira cinq jours en prison. Le tribunal de Nanterre procédera ensuite à l’application de sa semi-liberté. Kévin Le Guerne baisse le regard à l’évocation du mot « prison ». Pas de seconde
chance, mais une 27ème condamnation. Pourtant, son casier judiciaire crie une autre réalité : la véritable prison du jeune homme demeure sa précarité et ses addictions.