Le 23 novembre, le Ministère de l’Agriculture et des Solidarités présentait une feuille de route pour prévenir le mal-être agricole. La sénatrice Françoise Férat (UC, Marne), à l’origine du rapport sur le sujet publié en mars 2021 a le sentiment d’avoir été écoutée. 

Les dernières mesures du gouvernement sont-elles suffisantes pour endiguer le mal-être agricole ?

Elles sont particulièrement importantes. Au regard des 63 préconisations proposées au Ministre, la majorité d’entre elles a été prise en compte. Nous verrons au fil du temps s’il convient d’apporter quelques améliorations. Pour le moment, nous sommes soulagés de voir que le Ministre a pris toutes les demandes à bras le corps.

Dans votre rapport publié aux côtés du sénateur Henri Cabanel (RDSE, Hérault) en mars 2021, qu’avez-vous voulu dénoncer en premier lieu ?

La prévention. Des modalités existent, que ce soit la Mutualité sociale agricole (MSA), ou les associations. De nombreux bénévoles œuvrent sur le terrain. Mais au fil du temps, nous avons aperçu le manque de lien entre les uns et les autres. Un réseau doit se constituer. Parfois, ces personnes sont dans le même département et n’ont pas de lien entre elles. Notre objectif était de démontrer qu’il est particulièrement important de travailler ensemble.


Selon vous, faut-il aussi agir pour une plus juste rémunération des agriculteurs ?

C’est un critère important. Tous les agriculteurs n’ont pas de difficultés financières avant d’en arriver au geste difficile du suicide. Mais la rémunération reste un point très important. La loi Egalim 2 que nous avons votée il y a quelques semaines doit pallier cette difficulté, et soulager financièrement les agriculteurs.

Les sentinelles ?

Une première étape pour soutenir les agriculteurs.

Françoise Férat

Certaines rencontres vous ont-elles particulièrement marquée sur le terrain ? 

Les familles endeuillées. Des visages qui passent devant mes yeux. J’ai le souvenir d’un couple qui a vu ses deux fils se suicider l’un après l’autre. Des mamans qui ont perdu leurs enfants, des frères, des sœurs. Nous n’oublierons jamais ces rencontres.

La question du suicide en agriculture est-elle taboue ?

Bien sûr. Qui oserait dire à son voisin qu’il ne va pas bien ? C’est un sentiment d’échec, l’aveu d’un manque de réussite dans sa vie professionnelle. Souvent, ce sont les épouses qui perçoivent les difficultés de leur mari et peuvent alerter. Notre travail consiste en la mise en place de sentinelles. Elles vont permettre d’alerter les cas de détresse en formant les vétérinaires dans les fermes, les médecins, et techniciens agricoles au contact direct des agriculteurs. La Commission départementale doit être élargie avec d’autres partenaires.

Ces sentinelles sont-elles la réponse attendue par les agriculteurs ?

Ce sera au moins une première étape pour soutenir les agriculteurs qui ont beaucoup de mal à partager leur mal-être. Le monde agricole est un monde de taiseux où l’on ne dit rien quand ça ne va pas. 

Aujourd’hui, peut-on parler d’un travail accompli ?

Oui, vraiment. Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, a pleinement considéré notre rapport et celui du député Olivier Damaisin (LREM, Lot-et-Garonne). Il en a retenu toutes les pistes que nous avions formulées. Par la suite, il a mis en place plusieurs mesures: le capital décès de 3500 euros versé aux familles d’agriculteurs, la demande formulée auprès de la Mutualité Sociale Agricole pour avoir des courriers moins agressifs. La volonté est de mettre un peu d’humain à l’instant où les choses sont compliquées. Essayer de prendre en charge la difficulté le plus vite possible. 

Y a t-il un risque que le métier perde en attractivité ?

C’est un métier difficile, mais c’est surtout un métier de passionnés. Sans la passion, on ne peut pas travailler dix heures par jour, sept jours sur sept, en gagnant à peine un SMIC, ni se lever à 5h du matin pour la traite et se coucher très tard car il y a encore des travaux à mener. Je n’ai pas le sentiment qu’on fasse ce métier par obligation. Les jeunes prennent conscience de la complexité de la profession. Dans les établissements d’enseignement agricole, ils sont nombreux à se dédier à la production. Ils restent enthousiastes.

Propos recueillis par Rayane Beyly et Eléonore Aparicio le 30/11/2021, au 36 Rue de Vaugirard, à Paris.

Auteur/Autrice

  • Diplômé d’une licence de lettres modernes parcours journalisme à l’université de Cergy Paris, j’ai suivi une formation littéraire croisée avec des bases journalistiques. Mes premières publications, à vocations culturelles et sportives, partagées sur LinkedIn, m’ont permis d'intégrer ensuite la rédaction des Muses de Paris, un média associatif, avec lequel j'ai produit des articles et podcasts sur des sujets inspirants. Par ailleurs, parler de moi sans évoquer le rugby ferait défaut ; ce sport de voyous joué par des gentlemen est ma grande passion. Une passion que j’ai encore développée en 2021 en créant un blog dédié à ce sport : Guichet de l’Ovalie. Aujourd’hui, j’arpente les chemins du journalisme dans le but d’apprendre de nouvelles pratiques, maîtriser plusieurs supports techniques, et rester sans cesse curieux de tout ! Visitez Guichet de l'Ovalie : https://guichetdelovalie.go.yn.fr