En juin, entre deux crises du Covid, Élisa et Valentin se sont expatriés pour la première fois et sont partis s’installer aux Pays-Bas. Si la pandémie a restreint l’expérience à l’étranger, elle a aussi eu le mérite de rapidement révéler les oppositions entre mentalités françaises et néerlandaises.

S’expatrier, c’est « un projet de longue date » pour le jeune couple. Elle est professeure de français, lui vient d’obtenir son doctorat et recherche un travail. Ouvert à toutes les destinations, Valentin finit par décrocher un emploi dans un laboratoire à Amsterdam. Si s’expatrier peut relever du parcours du combattant administratif, la crise sanitaire n’aura rien arrangé.

Visites d’appartements en plein confinement, hôtels fermés, déménagement avec attestation pour traverser les frontières, paires de bras limitées pour les cartons… Malgré les obstacles, l’installation se fait plutôt bien.

Pendant l’été, Élisa et Valentin profitent presque normalement de leur vie d’expat’, malgré les événements annulés et une vie sociale revue à la baisse. « C’est plus à la rentrée que ça a été compliqué », confie Élisa. Les mesures plus restrictives se mettent en place et les différences culturelles se révèlent.

Le bon sens néerlandais et la politique des Polders

« Aux Pays-Bas, beaucoup de choses sont très fortement recommandées mais pas obligatoires. » Ici, pas question d’attestation obligatoire ou d’amende en cas de non-respect. « Il y a beaucoup de restrictions invérifiables par les autorités mais qui font appel à notre conscience citoyenne. »

Contrairement aux Français, les Néerlandais n’ont jamais totalement abandonné le télétravail. « Comme on a dit que c’était mieux, que les gens ne se rencontrent pas, les gens ne sont pas forcément retournés au travail. »

Un appel au bon sens que les néerlandais ont tendance à respecter. « En France, il y a toujours une forme de défiance. Ici, ils se disent : “après tout, pourquoi ils diraient ça pour nous emmerder ?” » Parmi les moyens de dissuasion : l’exemple de la France. « Ici, ils te disent que c’est justement pour éviter d’être comme en France. Pour éviter de tout fermer, on fait ça plus raisonnablement. » Les néerlandais ont surtout une philosophie bien à eux qui a été expliquée à Élisa :

« Ils ont ce qu’ils appellent la politique des Polders. Les Pays-bas se sont construits sur des Polders, des territoires pris sur l’eau, donc il y a des digues. Ta digue, il faut qu’elle soit entretenue des deux côtés. Donc, pour maintenir la digue en vie, si l’autre côté ne joue pas le jeu, c’est dans ton intérêt de le dénoncer. Ici, il y a beaucoup de groupes WhatsApp dans les quartiers, s’il y a quelqu’un de nouveau, ils vont s’envoyer un message pour demander : qui est chez telle personne ? »

Un semi-climat de délation duquel elle n’a pas été témoin directement, bien qu’elle ait aperçu un panneau dans son quartier indiquant le groupe WhatsApp à rejoindre. Une chose est sûre, les informations circulent sur un principe : « pour maintenir la digue, il faut que ça fonctionne des deux côtés. »

Auteur/Autrice

  • Diplômée en sociologie et anthropologie, je suis depuis passée par la radio rennaise C-lab et je suis actuellement rédactrice chez Maze. Très intéressée par la mode, je suis particulièrement attentive aux sorties sneakers. Mon quotidien est rythmé par la musique, et les films, documentaires et séries TV, trouvent aisément leur place dans mon emploi du temps. Curieuse et (un peu) aventurière je suis attachée au voyage et à la découverte.